Les contradictions
Par Nicolas Bourgeois le mardi 03 mars 2009, 07:58 - Questions-réponses - Lien permanent
L'existence de Jésus repose sur les évangiles dont la fiabilité est assez faible, entre autres raisons car ils se contredisent (on trouvera dans "Une invention nommée Jésus" un échantillon commenté de contradictions évangéliques). Il s'agit là d'un grave problème pour les chercheurs (dits fondamentalistes) qui estiment que tout, ou presque tout, ce que disent les évangiles est exact.
J’ai signalé (page 202) que les fondamentalistes cherchent à établir que ces contradictions ne sont qu’apparentes. Un visiteur me demande détails et références. Il peut consulter “ il a souffert sous Ponce Pilate ” de Vittorio Messori, François-Xavier de Guibert, 1995 ou “ Les Évangiles sont des reportages ” de Marie-Christine Ceruti-Cendrier, Pierre Téqui, 1997. Voici la solution à la première des contradictions qu’examine le livre de Messori. Il s’agit de la mort de Judas personnage qui a trépassé de deux façons fort différentes.
D’après l’évangile selon Matthieu, Judas « s’en alla se pendre » (Matthieu 27,5). D’après les Actes des Apôtres, « tombé la tête en avant, il a crevé par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues » (Actes 1,18).
Laissons la parole à Messori: « Examinons de près, alors, en commençant par les deux versions de la mort. Versions qui en réalité, pour beaucoup, ne se contrediraient pas, mais se compléteraient. En est convaincu, entre autres, Joseph Ricciotti, l’illustre exégète auteur d’une « Vie de Jésus-Christ » parue pour la première fois en 1941, mais qui compte encore aujourd’hui parmi les plus autorisées et les plus répandues. Elle dit: « De la fin de Judas nous avons une double relation avec des divergences intéressantes qui ont une valeur particulière pour confirmer l’identité substantielle du fait. Matthieu ne parle que de la pendaison. Luc, au contraire, a conservé la tradition selon laquelle Judas « est tombé la tête la première, a éclaté par le milieu en répandant toutes ses entrailles. » Ricciotti continue: « Les deux relations semblent se rapporter à deux moments divers du même fait: d’abord Judas se pendit, puis la branche de l’arbre ou la corde à laquelle il était pendu se rompit, peut-être par les secousses convulsives, et alors le suicidé fut précipité en bas. » Et donc, conclut le fameux exégète, « il serait légitime d’imaginer que l’arbre se trouvait sur le bord de quelque ravin, en sorte que la chute ait produit sur le corps du suicidé les conséquences, dont parle la relation de Luc dans les Actes. » » (“ il a souffert sous Ponce Pilate ”, page 30).
Personnellement, je trouve qu’un trésor d’imagination est déployé pour torturer les textes afin de leur faire avouer ce qu’ils n’ont jamais voulu dire. Les pages suivantes où Messori développe et amplifie l’idée ne font que confirmer ma première impression.