L’existence de Jésus est une affirmation de foi et non d’Histoire

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lundi 17 mai 2010

Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir a publié récemment "Comment Jésus est devenu Dieu" (Fayard 2010). La question intéressante et bien traitée.

Sans que ce soit le sujet principal du livre, l'auteur commence par examiner les textes qui nous renseignent sur Jésus. Il en ressort que « Pour imparfaite qu’elle soit, cette documentation atteste de manière indéniable l’existence de Jésus et permet de se faire une idée assez précise des grands moments de sa vie publique » (page 25).

La documentation en question est passée en revue dans les pages qui précèdent aux pages 19 à 25 sans que leur valeur ne soit examinée. Les références non chrétiennes (Suétone, Pline, Tacite, Flavius Josèphe et le Talmud) sont données sans que leurs faiblesses ne soient signalées. Les références chrétiennes (les lettres de Paul et les évangiles) également.

La liste ainsi constituée est assez longue, peut impressionner et permet à Frédéric Lenoir de conclure. Cependant, si la quantité de documents anciens concernant Jésus est réelle, la qualité n’est pas au rendez-vous. Concernant les sources non chrétiennes, je dis brièvement pourquoi sur ce blog, voir http://www.uneinventionnommeejesus..... Concernant les sources chrétiennes, c’est plus compliqué, voir Une invention nommée Jésus.

vendredi 11 septembre 2009

Wikipedia

Puisque wikipedia aborde tous les sujets, wikipedia s'est penché sur l'existence de Jésus dans un article intitulé « thèse mythiste ». C'est ainsi que les auteurs appellent une thèse contestant l'existence de Jésus.

L'article répète à de nombreuses reprises que les universitaires et autres spécialistes professionnels ne sont pas des mythistes. Même si cela est exact il s’agit de l’argument d’autorité: les savants ont raison parce qu’ils sont les plus savants. Cela n’est pas recevable, tout le monde peut se tromper. Il serait préférable de donner de bons arguments.

Et là, les auteurs de wikipedia butent sur le même obstacle que tous ceux qui ont tenté l'exercice. Quand on cherche à prouver son existence Jésus résiste: il existe quantité d'arguments mais aucun n'est valable (voir mon chapitre 12). Les auteurs de l'article le savent (cela a été signalé sur la page de discussion et n'a pas été contesté) mais ils tiennent à leur point de vue, alors ils écrivent quand même dans un chapitre intitulé « l’existence de Jésus ». Voyons cela de plus près.

Ce chapitre est un intime mélange de citations d’autorités (qui affirment sans justifier) et d’arguments inconsistants.

Le visiteur peut consulter l’article, je me contenterai donc de reformuler et de commenter.

La lecture commence par deux citations. La première estime que les témoignages non chrétiens n’apportent pas la preuve de l’existence de Jésus, la seconde que les mythistes n’ont guère convaincu.

Je ne conteste pas, poursuivons.

La suite est organisée en quatre points embrouillés car ils mélangent deux considérations différentes.

D’une part il est questions de différentes sources qui nous informent sur Jésus: les points 1/ et 2/ sont consacrés à des textes chrétiens (les lettres de Paul et les évangiles); le point 4/ est partiellement consacré au Talmud (littérature juive ancienne). D’autre part l’article énonce deux arguments en faveur de l’existence de Jésus.

Voyons le premier point. Les principaux textes chrétiens sont regroupés dans le « Nouveau Testament » (une partie de la Bible), recueil d’ouvrages écrits pour l’essentiel au premier siècle.

Les quatre évangiles sont de très loin notre principale source sur Jésus. Le point 2/ de l’article de Wikipedia leur est consacré. La fiabilité historique des évangiles a longtemps été considérée comme absolue puis elle a été contestée. D’abord par quelques athées puis, les objections étant vraiment fortes, par un nombre croissant de critiques comprenant aujourd’hui la plupart des historiens et théologiens chrétiens. L’article de Wikipedia donne une idée des objections : les évangiles « contiennent de nombreuses contradictions, incohérences et invraisemblances et il s'agit de textes répondant aux préoccupations théologiques des communautés chrétiennes… ». Tout cela ne me semble pas aller dans le sens de leur crédibilité.

Certes des historiens tentent de trier dans les évangiles ce qui s’est vraiment passé de ce qui a été inventé. Pour cela ils utilisent des « critères » que l’article présente comme « les plus rigoureux possibles » mais dont une note nous apprend qu’ils sont contestés. Ces critères méritent d'être examinés de près. Il apparait alors que derrière un discours d’une apparence sérieuse et scientifique se cachent des outils d’une effrayante nullité (voir mon chapitre 13).

Devant la faiblesse des évangiles, il est tentant de se tourner vers le reste du Nouveau Testament et particulièrement vers les lettres de Paul. C’est ce que fait l’article « thèse mythiste » dans son point 1/.

Dans ces lettres, l'auteur présente Jésus comme un homme ayant existé mais il n’est pas un témoin, il n’a pas connu Jésus: « l’Évangile qui a été annoncé par moi n’est en effet pas selon l’homme; et ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu, mais d’une révélation de Jésus Christ » (Galates 1,11-12). Les lettres de Paul sont des ouvrages de théologie dont l’écriture s’explique aussi bien que Jésus ait existé ou pas.

En outre, l’existence de Paul ne repose pas sur des bases plus solides que celle de Jésus. Aucun texte non chrétien ne le mentionne et il n’est connu que par le Nouveau Testament. Comme celle de Jésus, la biographie de Paul contient contradictions, invraisemblances, références aux Écritures et arrière-pensées théologiques. La littérature chrétienne primitive a produit de faux écrits de Paul (les spécialistes estiment que la moitié des lettres de Paul figurant dans le Nouveau Testament ne sont pas de Paul), comme elle a produit les évangiles apocryphes.

Bref, historiquement, les lettres de Paul ne sont pas meilleures que les évangiles. Celui qui n’est pas convaincu par les évangiles ne le sera pas non plus par les lettres de Paul.

Dans sont point 3/ l’article de Wikipedia évoque encore une source sur Jésus, le Talmud tout en reconnaissant qu’il ne permet pas de prouver l’existence de Jésus.

Après l’examen des sources, passons aux deux arguments donnés aux points 3/ et 4/.

Le point 3/ nous offre encore l’argument d’autorité : deux citations affirmant que Jésus a bien été crucifié. Du discours confus qui suit, il ressort qu’une autorité estime que les docètes (des chrétiens hérétiques du IIe siècle) croyaient à l’existence de Jésus.

Le dernier argument est donné par le point 4/ : « Dans les décennies ayant suivi son exécution », les adversaires du christianisme n’ont pas contesté l’existence de Jésus.

Signalons que les textes des adversaires en question sont assez tardifs (pas avant 170) donc pas nécessairement bien renseignés.

D'autre part, l’argument, souvent avancé, serait plus convainquant s’il était accompagné d’exemples de textes antiques contestant l’existence de quelqu’un (Zeus, Apollon ou autres). Mais non, rien. Personnellement je n’en connais pas. Les anciens ne semblent pas y avoir pensé, ce n'était pas ainsi que les religions se combattaient.

Même les chrétiens ne contestent pas leurs adversaires de cette façon. Au contraire, on trouve dans l’Apologétique du chrétien Tertullien (fin du IIe siècle): « Comme Saturne apparaissait partout à l'improviste, il lui arriva d'être appelé "fils du Ciel" » ; (10.10) « Bien simples d'esprit seraient les hommes s'ils ne croyaient pas (...) que Jupiter lui-même a craint les foudres que vous lui mettez dans la main » (11.6) ; « Mais vous ne sauriez nier que vos dieux aient été des hommes » (11.13) ; « Vos dieux, ce sont les noms de quelques anciens morts » (12.1).

Voilà, c’est tout. L’article a le mérite de tenter d’établir l’existence de Jésus mais il ne semble pas y parvenir.

Wikipedia est ouvert à tous et chacun peut modifier un article. Voilà pour la théorie. J'ai tenté d'intervenir mais des « administrateurs » veillent et annulent toute modification qui ne leur convient pas avec une promptitude étonnante (essayez d'intervenir, vous verrez). Ils acceptent les citations d'auteurs reconnus (j'ai pu en glisser quelques-unes) mais refusent toute argumentation qui ne va pas dans le sens de l'existence de Jésus. L'article reste donc très nettement orienté.

dimanche 26 avril 2009

Mordillat et Prieur

La question de l’existence de Jésus est abordée dans le premier livre de Daniel Mordillat et Jérôme Prieur (Jésus contre Jésus, pages 39 à 41). Un premier argument est donné à la page 39: « l’existence historique de Jésus n’a jamais été mise en cause par les premiers adversaires païens du christianisme ». Argument réfuté à la page suivante: « Les Juifs, pas plus que les Grecs ne se sont jamais aventurés, dans l’Antiquité, à discuter de l’existence ou de l’inexistence de Zeus, d’Apollon ou même d’Ulysse ». Bref, dans l’Antiquité on ne discutait pas de l’existence d’un personnage, ni de Jésus, ni des dieux de l’Olympe. Il faut chercher ailleurs. Il faut chercher dans les textes qui nous informent sur Jésus, essentiellement les quatre évangiles. M et P poursuivent donc: « Mais ce sont trois arguments liés aux textes chrétiens eux-mêmes qui, paradoxalement, à défaut d’une preuve matérielle impossible à obtenir, apportent la plus forte présomption en faveur de l’historicité de Jésus. » Effectivement, il ne s’agit que de présomptions:

« Premièrement, la crucifixion. “ Un scandale et une folie ”, pour reprendre les termes de Paul dans l’épître aux Corinthiens. Pourquoi les chrétiens auraient-ils imaginé ce mode d’exécution s’ils avaient inventé le personnage de Jésus, alors que ce châtiment alors typiquement romain les désignaient immanquablement comme les adorateurs d’un ennemi de Rome, au moment même où ils avaient besoin de ne pas s’aliéner l’Empire ?

Deuxièmement, le chef d’accusation inscrit sur la croix, “ roi des juifs ”. Pourquoi les chrétiens qui, au moment de la rédaction finale des Évangiles, sont amenés à se distancer du judaïsme auraient-ils reconnu pour “ Seigneur ” le “ roi des juifs ” ?

Troisièmement, les incohérences des textes. Pourquoi les sources chrétiennes seraient-elles si diverses et surtout si disparates, pourquoi seraient-elles semées d’anomalies, d’incompatibilités, de contradictions si elles résultaient d’un plan concerté, si elles étaient l’œuvre délibérée d’un groupe unique, si tout en elles visait à accréditer la fiction ? » Mordillat et Prieur, Jésus contre Jésus pages 40 et 41.

Non, cela n’est pas clair. M et P posent trois questions (écrivent trois fois « pourquoi ? »), ne répondent pas et sous entendent que cela conforte l’existence de Jésus. Les deux premiers points relèvent de l’argument de l’embarras, un classique des défenseurs de l’existence de Jésus. Cet argument affirme que les épisodes des évangiles qui paraissent embarrassants pour les chrétiens (par exemple, la crucifixion de Jésus) sont authentiques. La logique du raisonnement m’échappe. Si la Crucifixion les gênaient, les auteurs des évangiles avaient la possibilité de modifier l’histoire de Jésus. Qu’elle soit vraie ou pas n’y change rien. Si les mêmes auteurs avaient intérêt à présenter Jésus comme éloigné du judaïsme, ils pouvaient le faire. Que Jésus ait existé ou pas n’y change rien.

Pour le dernier point, les évangiles présentent effectivement de nombreuses invraisemblances et contradictions (voir mes chapitres 3, 4 et 5). Tournez les choses comme vous voudrez, l’idée que ces anomalies renforcent la crédibilité de ces textes est une absurdité.

Mordillat et Prieur s'arrêtent là. C'est tout, le problème est réglé, leurs lecteurs peuvent considérer que Jésus a existé.

L'approche de Mordillat et Prieur n'est cependant pas suffisamment conforme au point de vue habituel, ce qui leur vaut d'être l'objet de débats assez animés. Voir par exemple http://www.bakchich.info/Guerre-de-....

samedi 04 avril 2009

Le monde de la Bible

"Le monde de la Bible" avec le quotidien catholique "la Croix" publie un hors série (printemps 2009) intitulé "Que sait-on de Jésus?"

On pourrait penser que la question préalable de l'existence de Jésus serait abordée. Il n'en est rien et l'historicité de Jésus est admise comme évidente.

Comment sait-on que Jésus a existé? Cela n'est pas expliqué.

dimanche 15 mars 2009

Daniel Marguerat

Daniel Marguerat est un des meilleurs spécialistes du Jésus historique. Son dernier opus, « l’aube du christianisme » est paru en mai 2008. S’il était paru plus tôt, je l’aurais certainement utilisé avec profit. Cela dit, concernant l’existence de Jésus, l’argumentation qu’il contient n’est guère différente de celle que l’on trouve dans les ouvrages qui ont précédé. La réfutation que j’en ai donnée dans « Une invention nommée Jésus » s’applique sans problème à cet ouvrage. Signalons quand même le point le plus grave.

On découvre « sous la plume de l’historien juif Flavius Josèphe deux mentions du Nazaréen qui n’ont rien de polémique. Elles sont issues de son œuvre "Antiquités Juives", publiées en 93-94. La première est succincte: elle présente Jacques comme "frère de Jésus appelé le Christ". Il n’y a pas lieu de conclure ici à l’interpolation d’un copiste chrétien, car la distance qu’implique la tournure "appelé le Christ" ne lui siérait pas; ou alors, le faux est très habile! » (Daniel Marguerat, « l’aube du christianisme » page 23).

Tout ceci n’étant peut-être pas très clair, reformulons :

Ces quelques mots, « frère de Jésus appelé le Christ », constituent la meilleure preuve de l’existence de Jésus. Mais l’authenticité de ce passage n’est pas assurée, il a pu être ajouté dans le texte de Flavius Josèphe par un copiste chrétien. L’hypothèse n’a rien de gratuit puisque le même livre de Josèphe a été complété par des passages chrétiens concernant précisément le personnage de Jacques, frère de Jésus (voir « Une invention nommée Jésus » pages 169 et 170). Daniel Marguerat écarte cette éventualité car un chrétien n’aurait pas écrit « appelé le Christ » au sujet de Jésus. Un savant l’affirme donc c’est vrai donc Flavius Josèphe a mentionné Jésus donc Jésus a existé. C’est imparable. Pourtant ce qu’affirme Daniel Marguerat est faux. Un chrétien a pu écrire « Jésus appelé le Christ ». La preuve? Dans l’évangile selon Matthieu (peut-être le plus important texte chrétien), Jésus est désigné de la même façon, avec les mêmes mots grecs: « Joseph, époux de Marie, de laquelle naquit Jésus appelé le Christ » (Matthieu 1,16). Je ne sais pas si le texte de Flavius Josèphe a été complété par un chrétien mais c’est possible et, à mon avis, probable. Alors, si l’existence de Jésus ne tient qu’à ce fil, elle est bien mal assurée.

Ce qui me sidère, c’est que Daniel Marguerat n’est pas le premier à se tromper ainsi. Depuis une dizaine d’années, cet argument défectueux se rencontre dans des travaux de spécialistes sans qu’il ne se trouve aucun expert pour soulever le problème. Pour des savants qui passent leur vie à étudier les évangiles, c’est quelque peu étonnant. C’est, dans son ensemble, la communauté des spécialistes qui ne veut pas savoir. Ce passage de Josèphe est trop précieux pour établir l’existence de Jésus. Il ne faut pas qu’il soit écarté. Alors on laisse parler ceux qui défendent la bonne cause. Et peu importent les moyens.

samedi 14 mars 2009

Un sondage

L’hebdomadaire chrétien « La vie » du 21 décembre 2006 a publié un sondage sur Jésus et les Français. Les réponses à la question « Selon vous Jésus a-t-il existé? » sont:

« c’est certain » 29 %

« c’est probable » 39 %

« c’est peu probable » 11 %

« il n’a pas existé » 14 %

« ne se prononcent pas » 7 %

L’existence de Jésus n’est pas acquise pour tout le monde, loin de là.

D’où viennent les doutes exprimés par les sondés ? Certainement pas des médias puisque chaque fois que Jésus apparaît dans un journal, une revue ou une télévision, son existence est admise comme évidente ou justifiée avec des arguments spécieux (voir la catégorie “ Actualité ” sur ce blog). Certainement pas de l’Éducation Nationale, pour les mêmes raisons.

À quand un débat contradictoire sur le sujet ?

dimanche 18 janvier 2009

la Vie

L’hebdomadaire catholique "la Vie" a publié en décembre 2008 un hors-série sur Jésus se proposant de répondre à « 100 réponses aux questions que vous vous posez ».

La série commence par donner des « preuves historiques de l’existence de Jésus »:




« Détient-on des preuves historiques de son existence? Oui, quelques-unes. En dehors des Évangiles, la vie de Jésus est mentionnée dans des écrits anciens de deux origines: des textes rabbiniques, où son nom est évoqué de manière polémique, et des écrits païens de la Rome antique. Ainsi, à la fin du Ier siècle, le nom de Jésus apparaît dans deux passages des écrits du juif Flavius Josèphe dans son œuvre, Les Antiquités juives. Considéré authentique jusqu’au XVIe siècle, ce passage connu sous le nom de Testimonium Flavianum a été remis en cause, mais seulement en partie, et serait le plus ancien témoignage dont nous disposons. Au IIe siècle, l’historien romain Tacite évoque Jésus dans ses Annales, quand il parle des chrétiens: « Ce nom leur vient de Christ qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procureur Ponce Pilate. » Enfin, le nom du Fils de Dieu est également cité par Suétone et Pline le Jeune (deux écrivains ayant vécu à la charnière des Ier et IIe siècles) et Lucien de Samosate (IIe siècle). »




Quand un texte antique mentionne Jésus, il peut être un témoignage direct sur le personnage. Il peut aussi répéter ce que disaient les chrétiens de l’époque. Dans ce deuxième cas il n’est pas une preuve de l’existence de Jésus.

On m’accordera que plus un texte est tardif, plus il a de chances d’être l’écho du discours chrétien. Voyons ce qu’il en est des six sources évoquées par "la Vie". Tous ces textes sont facilement accessibles sur la toile. On trouvera bien entendu une analyse plus détaillée dans "Une invention nommée Jésus".

- les textes rabbiniques en question proviennent du Talmud de Babylone, imposant recueil de traditions juives achevé au Ve siècle. Même si les rares passages du Talmud mentionnant Jésus sont peut-être plus anciens, on ne peut pas l’assurer. Voir http://www.ebior.org/Vie-de-Jesus/s...

- Flavius Josèphe est né en Palestine vers 37 puis a vécu à Rome depuis 70 jusqu’à sa mort. Il a écrit deux livres sur l’histoire du peuple juif. Le premier (La Guerre des Juifs) peu après 70 ne mentionne pas Jésus, le second (Les Antiquités juives) contient un passage à propos de Jésus mais a été écrit alors que Josèphe vivait depuis plus de vingt ans à Rome, dans une ville où les chrétiens étaient bien implantés. Ce texte peut être issu du discours chrétien.

- on fera la même remarque au sujet du Romain Tacite qui écrit vers 115.

- Suétone ne dit rien sur Jésus.

- il suffit de lire le témoignage de Pline le Jeune sur Jésus pour constater qu’il répète ce que disent les Chrétiens.

- considérer que Lucien de Samosate apporte une quelconque preuve est une plaisanterie. Dans un pamphlet écrit vers 170 il se moque de « ce grand homme qui a été empalé en Palestine pour avoir introduit dans le monde une célébration religieuse nouvelle ». Comment assurer que, cent quarante ans après la mort supposée de Jésus, Lucien ait pu disposer d’autre chose que d’une information chrétienne ?

Bien entendu, la carence des auteurs non chrétiens à propos de Jésus peut s’expliquer de nombreuses façons: des textes ont pu être perdus, Jésus a pu être considéré comme trop insignifiant pour être mentionné etc.

Toujours est-il que non, ces textes n’établissent pas que Jésus a existé.

L'express

En couverture de l’Express du 25 décembre au 7 janvier, « La grande histoire de la Bible et du Coran. Dossier spécial 65 pages ».

Comme c’est souvent le cas, l’existence de Jésus est acceptée sans discussion comme une évidence: l’article consacré à Jésus commence par: « En ce printemps de l’an 30, un inconnu, Jésus de Nazareth, vient de mourir crucifié à Jérusalem. Ils ne sont qu’une poignée à croire que... » (page 64).

À la page 66, on apprend que les évangiles « contiennent de nombreux éléments corroborés par les historiens ». C’est très optimiste, tant du point de vue de la quantité que de la qualité.

« Les historiens » (non chrétiens) qui donnent des renseignements sur Jésus sont Tacite, Pline, Suétone et Flavius Josèphe. Le lecteur trouvera les textes en question sur le présent blog http://www.uneinventionnommeejesus.... ou très facilement sur la toile (taper Tacite et Jésus ou Flavius Josèphe et Jésus sur un bon moteur de recherche). Il constatera qu’ils ne nous apprennent que peu de chose sur Jésus. Tacite dit que Jésus a été crucifié en Judée sous Ponce Pilate. Josèphe à peine plus. Non, il n’y a pas là « de nombreux éléments ».

En outre, il faut remarquer que ces auteurs écrivent à Rome au moins soixante ans après la mort supposée de Jésus. Il est donc possible (probable à mon avis) qu’ils ne font que répéter le discours chrétien. Il n’est donc pas établi qu’ils corroborent quoi que ce soit.

À quand une discussion sérieuse à propos de l’existence de Jésus ?

samedi 20 décembre 2008

Le Point

Le magazine Le Point diffuse ce mois-ci un hors série consacré à Jésus. À la page 9, l’existence de Jésus est une « certitude ».

Dans la centaine de pages de ce numéro du Point, je n’ai trouvé nulle justification de cette certitude. Si les professionnels de la recherche sur le Jésus historique peuvent défendre l’existence de Jésus par de bons arguments, il serait bon qu’il le fassent. Une telle publication l’aurait permis. Tant pis, nous attendrons.

Si, quand même, il y a une piste, un passage de l’historien juif Flavius Josèphe où il est question de « Jacques frère de Jésus appelé Christ » (je l’ai déjà évoquée dans mon billet sur Marguerat mais ici l’argumentation est différente).

Ces quelques mots, « frère de Jésus appelé le Christ », constituent la meilleure preuve de l’existence de Jésus. Mais l’authenticité de ce passage n’est pas assurée, il a pu être ajouté dans le texte de Flavius Josèphe par un copiste chrétien. L’hypothèse n’a rien de gratuit puisque le même livre de Josèphe a été complété par des passages chrétiens concernant précisément le personnage de Jacques, frère de Jésus (voir « Une invention nommée Jésus » pages 169 et 170).

Cette éventualité est écartée car, « d’après les exégètes, un copiste chrétien ne se serait pas contenté d’ajouter la mention "frère de Jésus appelé le Christ", sans la conforter par un "notre Seigneur" ou par une autre formule témoignant de sa foi. Ce passage est donc considéré comme authentique. » (page 21).

« Les exégètes » affirment un peu légèrement car, si un copiste chrétien avait ajouté dans le texte d’un auteur non chrétien « Jésus Christ notre Seigneur » ou toute autre formule témoignant de sa foi, il serait apparu très évidemment comme un faussaire, ce qu’il ne souhaitait probablement pas.

Dans ce contexte, la formule « frère de Jésus appelé le Christ » est donc tout à fait normale de la part d’un chrétien et l’argument donné pour en assurer l’authenticité n’est pas recevable.

Si l’existence de Jésus ne tient qu’à ce fil, elle est bien mal assurée.

mardi 25 novembre 2008

Corrado Augias

Parution de "Enquête sur Jésus" (700.000 lecteurs en Italie) de Corrado Augias (écrivain et journaliste célèbre).

L’existence de Jésus est admise comme une évidence. Pas un mot n'explique d'où vient cette certitude.

Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir, philosophe et directeur du magazine Le Monde des religions, vient de publier "Petit traité d’histoire des religions". Le problème de l’existence de Jésus n’est évidemment pas l’objet de l’ouvrage mais une phrase lui est néanmoins consacrée:

« Et l’historicité du personnage, affirmée par des sources extérieures, mêmes si elles sont ténues, ne fait plus aujourd’hui l’objet de doutes. » (page 271)

Rien de ceci n’est tout-à-fait faux mais...

Les sources extérieures (non chrétiennes) sont ténues mais ce n’est pas la quantité qui importe, un seul document indiscutable aurait réglé le problème depuis longtemps. Parmi la dizaine de témoignages antiques non chrétiens qui sont présentés comme des indices de l’existence de Jésus, aucun n’est probant. Tous sont le fait d'auteurs qui n'ont probablement sur Jésus que le point de vue chrétien. La seule exception est le témoignage de Josèphe sur Jacques qui n'apporte rien de plus (voir "Une invention nommée Jésus" ou, sur ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.... ).

L’existence de Jésus « ne fait plus aujourd’hui l’objet de doutes » chez les spécialistes du Jésus historique (pour l’essentiel, chercheurs dans des institutions catholiques ou protestantes) et dans l’enseignement. C’est très impressionnant mais cela ne suffit pas. Des objections ont été émises depuis plus de deux siècles. Si certaines ne tiennent pas, d’autres attendent toujours qu’on y réponde. Leur examen montre qu’il faut beaucoup de bonne volonté pour estimer que tout doute est écarté.

Finalement, la tranquille assurance de Frédéric Lenoir n’est pas fondée.

lundi 10 novembre 2008

Charles Guignebert

Coda vient de rééditer un livre entièrement consacré à la défense l’existence de Jésus: "Le problème de Jésus" (1914) de Charles Guignebert, professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne.

Curieusement, Guignebert reconnaît n’avoir guère avancé: « Mais je consens à accorder que si nous n’avions de l’existence de Jésus que les preuves fondées sur (ce qui précède), notre assurance, touchant cette existence ne dépasserait peut-être pas la vraisemblance. » Étonnant. Surtout en fin d’ouvrage, neuf pages avant la fin et quatre (petites) pages avant la conclusion. Les quatre dernières pages, consacrées à Paul, doivent donc être décisives.

Les deux premières exposent ce qu’on peut tirer d’historique du discours de Paul: « Paul, quand il parle de Jésus pense toujours à un être divin et spirituel (...) il a l’air de ne rien savoir du tout sur l’homme Jésus (...) sa doctrine représente une interprétation de la vie de Jésus étrangère à toute réalité. » Pour moi, cela signifie que les écrits de Paul sont de la théologie et non de l’histoire. Mais Paul a « la conviction » que Jésus a existé et cela emporte celle de Guignebert. Paul « est assuré de la réalité de la crucifixion ». Et pour conclure: « il nous suffit de nous en tenir à cette constatation que la doctrine paulinienne du salut du Christ exige impérieusement l’humanité du Sauveur (cf. Rom. 8,3; Gal. 3,13, Rom. 3,25,29, etc.) » Finalement l’ultime argument de Guignebert est que la théologie de Paul suppose que Jésus a existé. Personnellement, je trouve cela insuffisant.

Les deux pages suivantes sont consacrées à discuter de l’authenticité des principales lettres de Paul. Et la conclusion reprend ce que le livre a déjà exposé.

Si quelqu’un trouve un élément déterminant dans ce livre (ou ailleurs), je le prie de me le faire savoir.

samedi 08 novembre 2008

Les principaux textes non chrétiens concernant Jésus

Tacite

Voici le fameux texte de Tacite souvent avancé à l'appui de l'existence de Jésus.

« Mais aucun moyen humain, ni largesses princières, ni cérémonies expiatoires, ne faisait reculer la rumeur infamante d’après laquelle l’incendie avait été ordonné. Aussi, pour l’anéantir, il supposa des coupables et infligea des tourments raffinés à ceux que leurs abominations faisaient détester et que la foule appelait Chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice; réprimée sur le moment, cette détestable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée, où le mal avait pris naissance, mais encore dans Rome où tout ce qu’il y a d’affreux ou de honteux dans le monde afflue et trouve une nombreuse clientèle. On commença donc par se saisir de ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leurs révélations, une multitude d’autres, qui furent convaincus moins du crime d’incendie que de haine contre le genre humain. On ne se contenta pas de les faire périr: on se fit un jeu de les revêtir de peaux de bêtes pour qu’ils fussent déchirés par la dent des chiens; ou bien ils étaient attachés à des croix (ou enduits de matières inflammables, et) quand le jour avait fui, ils éclairaient les ténèbres comme des torches. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle, et donnait des jeux au Cirque, où tantôt en habit de cocher il se mêlait à la populace et tantôt prenait part à la course debout sur son char. Aussi, quoique ces gens fussent coupables et dignes des dernières rigueurs, on se mettait à les prendre en pitié, car on se disait que ce n’était pas en vue de l’intérêt public, mais pour la cruauté d’un seul qu’on les faisait disparaître. »

Tacite, Annales, 15,44. Traduction de Henri Goelzer. Les Belles Lettres.

Écrit vers 115 ce texte serait convainquant s’il n’avait pas été écrit à une époque où les chrétiens étaient déjà bien implantés à Rome. Il est donc fort possible que Tacite a tiré sa maigre information du discours des chrétiens qui répétaient ce qu’ils avaient appris au catéchisme.

Pline le Jeune

Cette célèbre lettre de Pline le Jeune est souvent avancée à l’appui de l’existence de Jésus.

Les événements rapportés sont déroulés en 112 en Bithynie, au nord-ouest de l’actuelle Turquie. L’auteur était alors gouverneur de cette province romaine et écrivait à l’empereur Trajan.

Pline le Jeune, Lettres, 10,96,7. Traduction de Marcel Durry. Les Belles Lettres.

« Maître, c’est une règle pour moi de te soumettre tous les points sur lesquels j’ai des doutes: qui pourrait mieux me diriger quand j’hésite ou m’instruire quand j’ignore? Je n’ai jamais participé à des informations contre les chrétiens; je ne sais donc à quels faits et dans quelle mesure s’appliquent d’ordinaire la peine ou les poursuites. Je me demande non sans perplexité s’il y a des différences à observer selon les âges ou si la tendre enfance est sur le même pied que l’adulte, si l’on pardonne au repenti ou si qui a été tout à fait chrétien ne gagne rien à se dédire, si l’on punit le seul nom de chrétien en l’absence de crimes ou les crimes qu’implique le nom. En attendant voici la règle que j’ai suivie envers ceux qui m’étaient déférés comme chrétiens. Je leur ai demandé à eux-mêmes s’ils étaient chrétiens. A ceux qui avouaient, je leur ai demandé une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice; ceux qui persévéraient, je les ai fait exécuter: quoi que signifiât leur aveu, j’étais sûr qu’il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexible. D’autres, possédés de la même folie, je les ai en tant que citoyen romain notés pour être envoyés à Rome. Bientôt, comme il arrive en pareil cas, l’accusation s’étendant avec le progrès de l’enquête, plusieurs cas différents se sont présentés. On a affiché un libelle sans signature contenant un grand nombre de noms. Ceux qui niaient être chrétiens ou l’avoir été, s’ils invoquaient les dieux selon la formule que je leur dictais et sacrifiaient par l’encens et le vin devant ton image que j’avais fait apporter à cette intention avec les statues des divinités, si en outre ils blasphémaient le Christ - toutes choses qu’il est, dit-on, impossible d’obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens -, j’ai pensé qu’il fallait les relâcher. D’autres, dont le nom avait été donné par un dénonciateur, dirent qu’ils étaient chrétiens, puis prétendirent qu’ils ne l’étaient pas, qu’ils l’avaient été à la vérité, mais avaient cessé de l’être, les uns depuis trois ans, d’autres depuis plus d’années encore, quelques-uns même depuis vingt ans. Tous ceux-là aussi ont adoré ton image ainsi que les statues des dieux et ont blasphémé le Christ. D’ailleurs ils affirmaient que toute leur faute, ou leur erreur, s’était bornée à avoir l’habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu, de s’engager par serment non à perpétrer quelque crime mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu’on en dise, est ordinaire et innocente; même cette pratique, ils y avaient renoncé après mon édit par lequel j’avais selon tes instructions interdit les hétairies. J’ai cru d’autant plus nécessaire de soutirer la vérité à deux esclaves que l’on disait diaconesses, quitte à les soumettre à la torture. Je n’ai trouvé qu’une superstition déraisonnable et sans mesure. Aussi ai-je suspendu l’information pour recourir à ton avis. L’affaire m’a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tout âge, de toute condition, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce n’est pas seulement à travers les villes, mais aussi à travers les villages et les campagnes que s’est répandue la contagion de cette superstition; je crois pourtant qu’il est possible de l’enrayer et de la guérir. Il n’est certes pas douteux que les temples qui étaient désormais presque abandonnés commencent à être fréquentés, que les cérémonies rituelles longtemps interrompues sont reprises, que partout on vend la chair des victimes, qui jusqu’à présent ne trouvait plus que de très rares acheteurs. D’où il est aisé de penser quelle foule d’hommes pourrait être guérie si l’on accueillait le repentir. »

Ce que Pline dit de Jésus provient d’interrogatoires de chrétiens. Ce texte atteste l’existence de chrétiens au début du IIe siècle. Ce texte n’atteste pas l’existence de Jésus.

Suétone

L’historien romain Suétone figure souvent dans les listes d’auteurs non chrétiens susceptibles d’attester l’existence de Jésus. Tout cela à cause de deux passages de « Vies des douze Césars » publiés vers 120 et qui ne parlent pas de Jésus. Le premier est tiré de la vie de Claude (41-54), le second de la vie de Néron (54-68) (texte établi et traduit par Henri Ailloud, Les Belles Lettres. 1932).

Vie de Claude 25: « Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l’instigation d’un certain Chrestos, il les chassa de Rome ».

Ce « Chrestos » fait évidemment penser à Jésus-Christ. Le Christ (ou le Messie) est le sauveur attendu par les Juifs. L’attente du Christ était vive au Ier siècle aussi « Chrestos » peut désigner n’importe quel agitateur juif. De plus les faits se déroulent à Rome dix ou vingt ans après la mort supposée de Jésus. On ne peut donc pas assurer que ceci le concerne.

Vie de Néron 16: Néron « imagina de donner une forme nouvelle aux édifices de Rome et voulut qu’il y eut sur le devant des maisons de rapport et des maisons particulières des portiques surmontés de terrasses, d’où l’on pourrait combattre les incendies; ces portiques, il les fit bâtir à ses frais. Il avait même résolu de prolonger les murs de Rome jusqu’à Ostie et de faire arriver les eaux de la mer dans les vieux quartiers de Rome par un canal partant de cette ville. Sous son principat furent édictées beaucoup de condamnations rigoureuses et de mesures répressives, mais non moins de règlements nouveaux: on imposa des bornes au luxe; on réduisit les festins publics à des distributions de vivres; il fut défendu de vendre dans les cabarets aucune denrée cuite, en dehors des légumes et des herbes potagères, alors qu’on y servait auparavant toutes sortes de mets; on livra aux supplices les chrétiens, sorte de gens adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse; on interdit les ébats des conducteurs de quadriges, qu’un antique usage autorisait à vagabonder dans toute la ville en trompant et en volant les citoyens pour se divertir; on régula tout à la fois les pantomimes et leurs factions ».

Ce texte atteste l’existence de chrétiens au début du IIe siècle. Ce texte n’atteste pas l’existence de Jésus.

Flavius Josèphe

Le plus ancien texte non chrétien mentionnant Jésus est probablement un passage des « Antiquités juive » de Flavius Josèphe :

« En ce temps-là apparut Jésus, homme sage, si toutefois il est permis de l’appeler un homme, car il faisait des prodiges et enseignait les hommes qui recevaient avec joie la vérité. Et il entraîna beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C’était le Christ. Et les principaux d’entre nous le dénoncèrent, Pilate l’ayant fait mettre en croix. Ceux qui l’avaient aimé d’abord ne cessèrent pas. Car il leur apparut le troisième jour vivant à nouveau. Les prophètes divins ayant du reste prédit cela de lui et bien d’autres prodiges. Aujourd’hui encore, la race des Chrétiens qui tire de lui son nom, n’a pas disparu. » (Flavius Josèphe, « Antiquités juives », 18,3).

L’auteur est notre meilleure source sur la Palestine antique. Juif né en 37 ou 38, il combat les Romains pendant la guerre de 66-70 puis passe à l’ennemi. Il finit sa vie à Rome où il ne cesse d’écrire.

Ce texte pose un problème d’authenticité car il semble que seul un chrétien ait pu écrire « si toutefois il est permis de l’appeler un homme », « c’était le Christ » ou admettre la Résurrection. Or Josèphe n’a jamais été chrétien. L’authenticité de ce texte est donc l’objet d’un débat qui dure depuis le XVIe siècle et qui n’est pas près de s’achever, d’autant que les arguments avancés par les spécialistes sont parfois de bien mauvaise qualité (voir mon annexe 3).

De toute façon, même authentique, ce texte n’apporte pas grand-chose. Le contexte doit en effet être précisé.

Deux ouvrages de Josèphe couvrent la période de Jésus. Le premier est « la Guerre des Juifs » publiée entre 75 et 79. Ce livre donne quantité de détails sur la Palestine du Ier siècle mais Jésus n’y apparaît pas. Le second est les « Antiquités juives », publiées en 93, qui contiennent les deux mentions de Jésus. Pour écrire cette histoire des Juifs, Josèphe s’est certainement renseigné auprès des Juifs qu’il pouvait rencontrer à Rome. Or, à la fin du Ier siècle, il y avait des Chrétiens à Rome et, à cette époque, les Chrétiens étaient encore des Juifs. Il est donc vraisemblable que Josèphe se soit renseigné auprès d’eux.

Quel est donc le Josèphe qui a écrit sur Jésus ? Le Juif grand connaisseur de la Palestine du Ier siècle ? Ou le Romain qui écrit sur Jésus ce que lui ont appris les Chrétiens de Rome, qui eux-mêmes répétaient ce qu’ils avaient appris au catéchisme ? Soixante ans après la mort supposée de Jésus et résidant à Rome depuis plus de vingt ans, Josèphe peut répéter ce que disent ou écrivent les Chrétiens de Rome. Ce texte s’explique donc aussi bien que Jésus ait existé ou pas.

Voir dans ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.....

Flavius Josèphe

Un autre passage des "Antiquités juives" (20,9,1) de Josèphe est parfois invoqué:

En l’an 62 le grand prêtre « Anan rassembla le tribunal et fit comparaître devant eux Jacques le frère de Jésus appelé le Christ, ainsi que quelques autres. Il les accusa d’avoir violé la loi et les livra à la lapidation ».

Voir dans ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.... et http://www.uneinventionnommeejesus.....

Le Talmud

On a beaucoup reproché au témoignage de Flavius Josèphe d’avoir été transmis uniquement par des copistes chrétiens qui ont eu tout le loisir de le modifier dans le sens de leur intérêt. C’est également le cas d’à peu près toute la littérature antique qui nous est parvenue.

À peu près seulement car les Juifs nous ont transmis, outre la Bible, une littérature considérable qui n’est pas suspecte d’avoir été altérée par les chrétiens. Il s’agit du Talmud.

On trouve dans le Talmud quelques mentions de Jésus qui sont parfois présentées comme des indices de son existence. Ces traces ne semblent pourtant pas être issues d’un savoir sur Jésus indépendant du discours chrétien. Elles sont en outre un peu tardives pour être crédibles[1].

Le texte le plus consistant est, de très loin, Sanhedrin 43a:

« La veille de la Pâque, on a pendu Jésus. Pendant les quarante jours précédant l’exécution, un héraut marchait devant lui en disant: il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie et trompé et égaré Israël. Que ceux qui connaissent le moyen de le défendre viennent et témoignent en sa faveur. Mais on ne trouva personne qui témoignât en sa faveur et donc on le pendit la veille de Pâque ».

Ce bref compte-rendu de la mort de Jésus ne concorde pas avec les récits des évangiles où l’on raconte une procédure plus expéditive: Jésus a été arrêté, jugé, condamné et exécuté en moins de vingt-quatre heures.

Ces deux versions sont trop différentes, il faut choisir.

Si le Talmud est bien informé, il faut reconsidérer la valeur documentaire des évangiles, ce qui pose un problème puisqu’ils sont notre principale source sur Jésus. Personne n’est prêt à faire ce choix.

S’il faut suivre les évangiles, alors ce texte talmudique est mal renseigné et il ne nous apprend rien sur Jésus ni sur son existence.

Face au déni de justice présenté par les évangiles, ce texte cherche à nous montrer une justice juive équitable. Comme le dit Meier (page 69): « très vraisemblablement, le texte du Talmud n’est qu’une réaction à la tradition évangélique ». C’est là qu’il faut chercher la raison d’être de Sanhedrin 43a. Il ne s’agit manifestement pas du reflet d’une connaissance indépendante du discours chrétien.

On signale souvent deux autres particularités de ce texte:

- La mort de Jésus est située la veille de la Pâque ce qui est conforme à la chronologie de l’évangile selon Jean (mais pas à la chronologie des trois autres évangiles).

- « il a pratiqué la magie » est une allusion aux miracles de Jésus.

J’ai parfois rencontré le syllogisme suivant:

Puisque le Talmud est hostile à Jésus, on ne peut s’attendre à ce qu’on y invente des histoires qui lui soient favorables. Or il est question des miracles de Jésus donc les miracles de Jésus ont bien eu lieu.

Malheureusement les miracles (la magie) font partie de l’accusation qui a mené Jésus à la croix. Il est donc difficile de les interpréter comme des éléments favorables et de leur appliquer ce raisonnement.

La mère de Jésus

Le thème de la naissance virginale de Jésus a inspiré des commentaires infamants. Dans le Talmud Jésus est le fils illégitime d’un juif nommé Pandera. On retrouve cette histoire dans le Contre les Chrétiens de Celse où Jésus est le fils d’un soldat romain nommé Panthera[2]. L'ouvrage de Celse datant de 176, on peut dire que la tradition de ben Pandera était connue à la fin du IIe siècle.

Le visiteur peut consulter une vingtaine d’autres « allusions possibles à Jésus » dans le Talmud sur http://www.ebior.org/Vie-de-Jesus/s.... Il constatera que rien de tout cela ne donne la moindre indication sur l'existence de Jésus[3].

Les autres

On cite encore quelques autres sources.

  • Thallus et Mara Bar Sérapion, voir "Une invention nommée Jésus".
  • L'archéologie, dossier totalement vide. Voir "Une invention nommée Jésus".

Notes

[1] Jésus « est absent de la Mishna et de la Tosephta dont les compilations datent de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle, et on ne le rencontre que dans les compositions plus tardives du Talmud de Jérusalem et du Talmud de Babylone » (Simon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin, page 76). Le lecteur intéressé peut aussi consulter les pages 66 à 70 du premier tome de Un certain Juif Jésus de John P. Meier (grand spécialiste catholique du Jésus historique) qui a étudié le point de vue de spécialistes du Talmud et en présente une synthèse. Extrait: « Dans le Talmud, on ne trouve pas un seul maître talmudique ayant vécu à l’époque de Jésus ou dans le premier demi-siècle de l’ère chrétienne qui cite le nom de Jésus. Quant aux rabbis du IIe siècle apr. J.C., ils réagissent vis-à-vis du Christ annoncé par les chrétiens et non vis-à-vis du Jésus historique » (page 67).

[2] « Tu as commencé par te fabriquer une filiation fabuleuse, en prétendant que tu devais ta naissance à une vierge. En réalité, tu es originaire d’un petit hameau de Judée, fils d’une pauvre campagnarde qui vivait de son travail. Celle-ci, convaincue d’adultère avec un soldat Panthère, fut chassée par son mari, charpentier de son état. Expulsé de la sorte et errant ça et là ignominieusement, elle te mit au monde en secret. Plus tard, contraint par le dénuement à t’expatrier, tu te rendis en Égypte, y louas tes bras pour un salaire, et là, ayant appris quelques-uns de ces pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, tu revins dans ton pays, et, enflé des merveilleux effets que tu savais produire, tu te proclamas Dieu ». Contre Celse 1,32,5

[3] « La légende talmudique de Jésus, est tout simplement une déformation infamante de la tradition chrétienne et l’historien de Jésus n’a rien à tirer d’elle ». Charles Guignebert, Jésus, 1933, page 23.