L’existence de Jésus est une affirmation de foi et non d’Histoire

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samedi 10 janvier 2009

Ma bibliographie

Des lecteurs mythistes (qui pensent que Jésus n'a pas existé) me reprochent de ne pas avoir cité de livre mythiste (voir le billet "les mythistes" dans la catégorie "questions-réponses").

Un lecteur antimythiste (qui conteste les mythistes, c'est un néologisme, pour l'instant il n'apparait qu'ici sur Google) me reproche d’autres lacunes.

Voici donc quelques explications.

Pour que mon propos soit crédible et facilement vérifiable, j'ai principalement utilisé les ouvrages

- écrits par des spécialistes reconnus

- écrits ou traduits en français

- accessibles en librairie ou en bibliothèque

Il existe des bons auteurs plus anciens (Guignebert, Loisy, Goguel et Bultmann) mais je n’ai rien trouvé chez eux qu’on ne trouve chez les spécialistes récents. Je ne les ai donc pas utilisés.

D’autres bons auteurs traitent du Jésus historique mais sans aborder le problème de son existence, je ne les ai pas cités non plus (je pense particulièrement à Nodet et à Vermes).

Dans ces limites, je crois que ma bibliographie est complète. Si un lecteur estime qu’il y manque quelque chose d’important, je le prie de me le faire savoir.

Bien sûr il manque les auteurs non traduits en français et les revues professionnelles mais ma bibliographie, telle qu’elle est, me paraît cependant suffisante pour établir que

- Jésus n’est attesté que par des documents religieux

- ces documents ne sont pas fiables

- Jésus a toutes les apparences d’un personnage inventé pour des raisons théologiques

- les arguments des spécialistes en faveur de l’existence de Jésus ne valent rien

- bref, que l’existence de Jésus est une affirmation de foi et non d’histoire

Bien sûr, peut-être qu’ailleurs il existe de bons arguments pour attester que Jésus a existé. Mais alors, pourquoi ne sont-ils pas repris par nos auteurs francophones ni diffusés dans une production éditoriale pourtant pléthorique ?

Si un lecteur connaît un de ces bons arguments, je le prie de me le faire savoir. Un blog peut servir à cela.

Les antimythistes

Ils contestent ceux qui contestent l’existence de Jésus.

On trouve leur production en tapant "mythistes" sur un bon moteur de recherche.

À mon sens le meilleur site antimythiste est http://archeboc.free.fr/mytheJesus/

Excellent site, avec de nombreux liens. Je n’ai presque rien à redire sur les critiques adressées à mes prédécesseurs mythistes.

En revanche, il trébuche à la fin, quand il essaie d’établir l’existence de Jésus. La démonstration embrouillée à souhait est tout sauf convaincante.

Voir "Les mythistes" dans la catégorie "questions-réponses" de ce blog.

dimanche 21 décembre 2008

Errata

Un lecteur attire mon attention sur une affirmation un peu hardie à la page 86: « Le présent chapitre montre que les chrétiens ont construit leur Messie d’après les Ecritures ».

J'approuve sa remarque et je préfère le conditionnel: « Le présent chapitre montre que le Messie des Chrétiens ressemble fort à une construction faite d’après les Écritures ». J'en tiendrai compte dans une éventuelle réédition.

Des erreurs ont rendu incompréhensibles quelques passages du livre. Voici comment j’aurais dû les écrire.

Citation de la page 159:

« On ne comprend rien des premiers textes chrétiens, mais rien du tout du point de vue historique si on ne voit pas qu’on a affaire à des gens qui ne veulent pas faire de l’histoire comme on dit mais simplement qui veulent dire leur conviction dans cette présence de Jésus. »

Charles Perrot. Corpus Christi. Émission Résurrection. 26e minute. 1997.

Note 201 page 152

« La multiplicité des sources documentaires le concernant et leur précocité font de lui le personnage historique le mieux attesté de toute l’Antiquité » (Daniel Marguerat, Jésus, compléments d’enquête. 2007. Page 8).

« Et tout d’abord cette conviction qui s’impose que l’homme a réellement existé. L’abondance et la diversité des sources sont infiniment plus difficiles à expliquer si l’on fait l’hypothèse que le personnage est purement fictif que si l’on admet, avec la très grande majorité des historiens, qu’il fut un homme réel, ayant sillonné les routes de la terre juive autour de l’année 30 de notre ère » (Michel Quesnel. Que savons-nous de Jésus de Nazareth? Page 95).

« Pour de nombreux hommes de l’Antiquité, nous disposons d’une documentation bien moindre que pour Jésus et aussi peu fiable a priori, sans que personne ne songe à mettre en doute leur existence. » (Maurice Sartre, page 38. Phrase identique à la page 43 de Mimouni avec une petite faute de copie: « argumentation » au lieu de « documentation »).

Deuxième ligne de la page 101:

(84 = 77 + 7 = 7 x 12; Luc 2,36).

Les mythistes

Des lecteurs me reprochent de ne pas citer les auteurs mythistes. Je m’en explique page 201. Le visiteur trouvera cette page au bas de ce billet.

Auparavant, voici quelques points sur lesquels je m’écarte des auteurs mythistes (ou de certains d’entre eux):

- je tiens compte des travaux des spécialistes récents. Quand on propose une thèse contraire à ce qui est massivement admis, il me semble que la première chose à faire est de dire pourquoi la position habituelle ne convient pas.

- je ne conteste pas l’authenticité des témoignages de Pline, Tacite ou Suétone.

- je ne reprends pas l’argument du silence des nombreux auteurs des Ier et IIe siècle qui ne mentionnent pas Jésus.

- je n’affirme pas que les évangiles ont été écrits tardivement (IIe ou IIIe siècle).

- je ne cherche pas d’origines païennes à l’histoire de Jésus.

D’autre arguments m’ont paru meilleurs, mieux documentés ou plus convainquants. Je laisse à d’autres le soin de développer ceux que j’ai écarté.

Je demande simplement aux habitués des livres mythistes de ne pas dédaigner "Une invention nommée Jésus" pour la seule raison qu’ils n'y trouveront pas ce qu’ils connaissent déjà.

Page 201 de « Une invention nommée Jésus ».

À ma connaissance, le premier ouvrage contestant l’existence de Jésus est Origine de tous les cultes de Charles-François Dupuis en 1794. Beaucoup d’autres ont suivi. Particulièrement en France pendant les trois premiers quarts du XXe siècle. Les ouvrages de ce courant dit « rationaliste » sont épuisés depuis longtemps à l’exception d’un recueil de textes de Prosper Alfaric (1876-1955) réédité par Michel Onfray: Jésus a-t-il existé? Coda 2005. Les autres ne sont pas tout à fait introuvables. Le lecteur peut chercher les ouvrages de Paul-Louis Couchoud, Georges Ory, Guy Fau ou Georges Las Vergnas.

Un ouvrage plus récent est disponible en librairie: Patrick Boistier, Jésus, anatomie d’un mythe, A l’Orient, 2000. Sur internet, www.blanrue.com/jesus est tout à fait représentatif du courant rationaliste . Jésus? de Michel Gozard (Publibook, 2003) est sensiblement différent. On peut le commander auprès de l’auteur. Chercher sur internet.

Il faut pourtant constater que malgré deux siècles d’efforts les rationalistes n’ont guère été entendus. L’histoire officielle, celle qui est enseignée, soutient encore sans réserve l’existence de Jésus.

Ayant l’ambition de convaincre davantage, je me suis sensiblement écarté de la démarche de mes prédécesseurs. Je n’ai retenu qu’une partie de leur argumentation et ma documentation se limite aux travaux incontestés des meilleurs spécialistes du Jésus historique. C’est pourquoi, malgré toute la sympathie que j’ai pour mes prédécesseurs, leurs écrits n’apparaissent pas dans cet ouvrage.

samedi 20 décembre 2008

Le Point

Le magazine Le Point diffuse ce mois-ci un hors série consacré à Jésus. À la page 9, l’existence de Jésus est une « certitude ».

Dans la centaine de pages de ce numéro du Point, je n’ai trouvé nulle justification de cette certitude. Si les professionnels de la recherche sur le Jésus historique peuvent défendre l’existence de Jésus par de bons arguments, il serait bon qu’il le fassent. Une telle publication l’aurait permis. Tant pis, nous attendrons.

Si, quand même, il y a une piste, un passage de l’historien juif Flavius Josèphe où il est question de « Jacques frère de Jésus appelé Christ » (je l’ai déjà évoquée dans mon billet sur Marguerat mais ici l’argumentation est différente).

Ces quelques mots, « frère de Jésus appelé le Christ », constituent la meilleure preuve de l’existence de Jésus. Mais l’authenticité de ce passage n’est pas assurée, il a pu être ajouté dans le texte de Flavius Josèphe par un copiste chrétien. L’hypothèse n’a rien de gratuit puisque le même livre de Josèphe a été complété par des passages chrétiens concernant précisément le personnage de Jacques, frère de Jésus (voir « Une invention nommée Jésus » pages 169 et 170).

Cette éventualité est écartée car, « d’après les exégètes, un copiste chrétien ne se serait pas contenté d’ajouter la mention "frère de Jésus appelé le Christ", sans la conforter par un "notre Seigneur" ou par une autre formule témoignant de sa foi. Ce passage est donc considéré comme authentique. » (page 21).

« Les exégètes » affirment un peu légèrement car, si un copiste chrétien avait ajouté dans le texte d’un auteur non chrétien « Jésus Christ notre Seigneur » ou toute autre formule témoignant de sa foi, il serait apparu très évidemment comme un faussaire, ce qu’il ne souhaitait probablement pas.

Dans ce contexte, la formule « frère de Jésus appelé le Christ » est donc tout à fait normale de la part d’un chrétien et l’argument donné pour en assurer l’authenticité n’est pas recevable.

Si l’existence de Jésus ne tient qu’à ce fil, elle est bien mal assurée.

mardi 25 novembre 2008

Corrado Augias

Parution de "Enquête sur Jésus" (700.000 lecteurs en Italie) de Corrado Augias (écrivain et journaliste célèbre).

L’existence de Jésus est admise comme une évidence. Pas un mot n'explique d'où vient cette certitude.

Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir, philosophe et directeur du magazine Le Monde des religions, vient de publier "Petit traité d’histoire des religions". Le problème de l’existence de Jésus n’est évidemment pas l’objet de l’ouvrage mais une phrase lui est néanmoins consacrée:

« Et l’historicité du personnage, affirmée par des sources extérieures, mêmes si elles sont ténues, ne fait plus aujourd’hui l’objet de doutes. » (page 271)

Rien de ceci n’est tout-à-fait faux mais...

Les sources extérieures (non chrétiennes) sont ténues mais ce n’est pas la quantité qui importe, un seul document indiscutable aurait réglé le problème depuis longtemps. Parmi la dizaine de témoignages antiques non chrétiens qui sont présentés comme des indices de l’existence de Jésus, aucun n’est probant. Tous sont le fait d'auteurs qui n'ont probablement sur Jésus que le point de vue chrétien. La seule exception est le témoignage de Josèphe sur Jacques qui n'apporte rien de plus (voir "Une invention nommée Jésus" ou, sur ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.... ).

L’existence de Jésus « ne fait plus aujourd’hui l’objet de doutes » chez les spécialistes du Jésus historique (pour l’essentiel, chercheurs dans des institutions catholiques ou protestantes) et dans l’enseignement. C’est très impressionnant mais cela ne suffit pas. Des objections ont été émises depuis plus de deux siècles. Si certaines ne tiennent pas, d’autres attendent toujours qu’on y réponde. Leur examen montre qu’il faut beaucoup de bonne volonté pour estimer que tout doute est écarté.

Finalement, la tranquille assurance de Frédéric Lenoir n’est pas fondée.

lundi 10 novembre 2008

Charles Guignebert

Coda vient de rééditer un livre entièrement consacré à la défense l’existence de Jésus: "Le problème de Jésus" (1914) de Charles Guignebert, professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne.

Curieusement, Guignebert reconnaît n’avoir guère avancé: « Mais je consens à accorder que si nous n’avions de l’existence de Jésus que les preuves fondées sur (ce qui précède), notre assurance, touchant cette existence ne dépasserait peut-être pas la vraisemblance. » Étonnant. Surtout en fin d’ouvrage, neuf pages avant la fin et quatre (petites) pages avant la conclusion. Les quatre dernières pages, consacrées à Paul, doivent donc être décisives.

Les deux premières exposent ce qu’on peut tirer d’historique du discours de Paul: « Paul, quand il parle de Jésus pense toujours à un être divin et spirituel (...) il a l’air de ne rien savoir du tout sur l’homme Jésus (...) sa doctrine représente une interprétation de la vie de Jésus étrangère à toute réalité. » Pour moi, cela signifie que les écrits de Paul sont de la théologie et non de l’histoire. Mais Paul a « la conviction » que Jésus a existé et cela emporte celle de Guignebert. Paul « est assuré de la réalité de la crucifixion ». Et pour conclure: « il nous suffit de nous en tenir à cette constatation que la doctrine paulinienne du salut du Christ exige impérieusement l’humanité du Sauveur (cf. Rom. 8,3; Gal. 3,13, Rom. 3,25,29, etc.) » Finalement l’ultime argument de Guignebert est que la théologie de Paul suppose que Jésus a existé. Personnellement, je trouve cela insuffisant.

Les deux pages suivantes sont consacrées à discuter de l’authenticité des principales lettres de Paul. Et la conclusion reprend ce que le livre a déjà exposé.

Si quelqu’un trouve un élément déterminant dans ce livre (ou ailleurs), je le prie de me le faire savoir.

samedi 08 novembre 2008

Les principaux textes non chrétiens concernant Jésus

Tacite

Voici le fameux texte de Tacite souvent avancé à l'appui de l'existence de Jésus.

« Mais aucun moyen humain, ni largesses princières, ni cérémonies expiatoires, ne faisait reculer la rumeur infamante d’après laquelle l’incendie avait été ordonné. Aussi, pour l’anéantir, il supposa des coupables et infligea des tourments raffinés à ceux que leurs abominations faisaient détester et que la foule appelait Chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice; réprimée sur le moment, cette détestable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée, où le mal avait pris naissance, mais encore dans Rome où tout ce qu’il y a d’affreux ou de honteux dans le monde afflue et trouve une nombreuse clientèle. On commença donc par se saisir de ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leurs révélations, une multitude d’autres, qui furent convaincus moins du crime d’incendie que de haine contre le genre humain. On ne se contenta pas de les faire périr: on se fit un jeu de les revêtir de peaux de bêtes pour qu’ils fussent déchirés par la dent des chiens; ou bien ils étaient attachés à des croix (ou enduits de matières inflammables, et) quand le jour avait fui, ils éclairaient les ténèbres comme des torches. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle, et donnait des jeux au Cirque, où tantôt en habit de cocher il se mêlait à la populace et tantôt prenait part à la course debout sur son char. Aussi, quoique ces gens fussent coupables et dignes des dernières rigueurs, on se mettait à les prendre en pitié, car on se disait que ce n’était pas en vue de l’intérêt public, mais pour la cruauté d’un seul qu’on les faisait disparaître. »

Tacite, Annales, 15,44. Traduction de Henri Goelzer. Les Belles Lettres.

Écrit vers 115 ce texte serait convainquant s’il n’avait pas été écrit à une époque où les chrétiens étaient déjà bien implantés à Rome. Il est donc fort possible que Tacite a tiré sa maigre information du discours des chrétiens qui répétaient ce qu’ils avaient appris au catéchisme.

Pline le Jeune

Cette célèbre lettre de Pline le Jeune est souvent avancée à l’appui de l’existence de Jésus.

Les événements rapportés sont déroulés en 112 en Bithynie, au nord-ouest de l’actuelle Turquie. L’auteur était alors gouverneur de cette province romaine et écrivait à l’empereur Trajan.

Pline le Jeune, Lettres, 10,96,7. Traduction de Marcel Durry. Les Belles Lettres.

« Maître, c’est une règle pour moi de te soumettre tous les points sur lesquels j’ai des doutes: qui pourrait mieux me diriger quand j’hésite ou m’instruire quand j’ignore? Je n’ai jamais participé à des informations contre les chrétiens; je ne sais donc à quels faits et dans quelle mesure s’appliquent d’ordinaire la peine ou les poursuites. Je me demande non sans perplexité s’il y a des différences à observer selon les âges ou si la tendre enfance est sur le même pied que l’adulte, si l’on pardonne au repenti ou si qui a été tout à fait chrétien ne gagne rien à se dédire, si l’on punit le seul nom de chrétien en l’absence de crimes ou les crimes qu’implique le nom. En attendant voici la règle que j’ai suivie envers ceux qui m’étaient déférés comme chrétiens. Je leur ai demandé à eux-mêmes s’ils étaient chrétiens. A ceux qui avouaient, je leur ai demandé une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice; ceux qui persévéraient, je les ai fait exécuter: quoi que signifiât leur aveu, j’étais sûr qu’il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexible. D’autres, possédés de la même folie, je les ai en tant que citoyen romain notés pour être envoyés à Rome. Bientôt, comme il arrive en pareil cas, l’accusation s’étendant avec le progrès de l’enquête, plusieurs cas différents se sont présentés. On a affiché un libelle sans signature contenant un grand nombre de noms. Ceux qui niaient être chrétiens ou l’avoir été, s’ils invoquaient les dieux selon la formule que je leur dictais et sacrifiaient par l’encens et le vin devant ton image que j’avais fait apporter à cette intention avec les statues des divinités, si en outre ils blasphémaient le Christ - toutes choses qu’il est, dit-on, impossible d’obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens -, j’ai pensé qu’il fallait les relâcher. D’autres, dont le nom avait été donné par un dénonciateur, dirent qu’ils étaient chrétiens, puis prétendirent qu’ils ne l’étaient pas, qu’ils l’avaient été à la vérité, mais avaient cessé de l’être, les uns depuis trois ans, d’autres depuis plus d’années encore, quelques-uns même depuis vingt ans. Tous ceux-là aussi ont adoré ton image ainsi que les statues des dieux et ont blasphémé le Christ. D’ailleurs ils affirmaient que toute leur faute, ou leur erreur, s’était bornée à avoir l’habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu, de s’engager par serment non à perpétrer quelque crime mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu’on en dise, est ordinaire et innocente; même cette pratique, ils y avaient renoncé après mon édit par lequel j’avais selon tes instructions interdit les hétairies. J’ai cru d’autant plus nécessaire de soutirer la vérité à deux esclaves que l’on disait diaconesses, quitte à les soumettre à la torture. Je n’ai trouvé qu’une superstition déraisonnable et sans mesure. Aussi ai-je suspendu l’information pour recourir à ton avis. L’affaire m’a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tout âge, de toute condition, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce n’est pas seulement à travers les villes, mais aussi à travers les villages et les campagnes que s’est répandue la contagion de cette superstition; je crois pourtant qu’il est possible de l’enrayer et de la guérir. Il n’est certes pas douteux que les temples qui étaient désormais presque abandonnés commencent à être fréquentés, que les cérémonies rituelles longtemps interrompues sont reprises, que partout on vend la chair des victimes, qui jusqu’à présent ne trouvait plus que de très rares acheteurs. D’où il est aisé de penser quelle foule d’hommes pourrait être guérie si l’on accueillait le repentir. »

Ce que Pline dit de Jésus provient d’interrogatoires de chrétiens. Ce texte atteste l’existence de chrétiens au début du IIe siècle. Ce texte n’atteste pas l’existence de Jésus.

Suétone

L’historien romain Suétone figure souvent dans les listes d’auteurs non chrétiens susceptibles d’attester l’existence de Jésus. Tout cela à cause de deux passages de « Vies des douze Césars » publiés vers 120 et qui ne parlent pas de Jésus. Le premier est tiré de la vie de Claude (41-54), le second de la vie de Néron (54-68) (texte établi et traduit par Henri Ailloud, Les Belles Lettres. 1932).

Vie de Claude 25: « Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l’instigation d’un certain Chrestos, il les chassa de Rome ».

Ce « Chrestos » fait évidemment penser à Jésus-Christ. Le Christ (ou le Messie) est le sauveur attendu par les Juifs. L’attente du Christ était vive au Ier siècle aussi « Chrestos » peut désigner n’importe quel agitateur juif. De plus les faits se déroulent à Rome dix ou vingt ans après la mort supposée de Jésus. On ne peut donc pas assurer que ceci le concerne.

Vie de Néron 16: Néron « imagina de donner une forme nouvelle aux édifices de Rome et voulut qu’il y eut sur le devant des maisons de rapport et des maisons particulières des portiques surmontés de terrasses, d’où l’on pourrait combattre les incendies; ces portiques, il les fit bâtir à ses frais. Il avait même résolu de prolonger les murs de Rome jusqu’à Ostie et de faire arriver les eaux de la mer dans les vieux quartiers de Rome par un canal partant de cette ville. Sous son principat furent édictées beaucoup de condamnations rigoureuses et de mesures répressives, mais non moins de règlements nouveaux: on imposa des bornes au luxe; on réduisit les festins publics à des distributions de vivres; il fut défendu de vendre dans les cabarets aucune denrée cuite, en dehors des légumes et des herbes potagères, alors qu’on y servait auparavant toutes sortes de mets; on livra aux supplices les chrétiens, sorte de gens adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse; on interdit les ébats des conducteurs de quadriges, qu’un antique usage autorisait à vagabonder dans toute la ville en trompant et en volant les citoyens pour se divertir; on régula tout à la fois les pantomimes et leurs factions ».

Ce texte atteste l’existence de chrétiens au début du IIe siècle. Ce texte n’atteste pas l’existence de Jésus.

Flavius Josèphe

Le plus ancien texte non chrétien mentionnant Jésus est probablement un passage des « Antiquités juive » de Flavius Josèphe :

« En ce temps-là apparut Jésus, homme sage, si toutefois il est permis de l’appeler un homme, car il faisait des prodiges et enseignait les hommes qui recevaient avec joie la vérité. Et il entraîna beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C’était le Christ. Et les principaux d’entre nous le dénoncèrent, Pilate l’ayant fait mettre en croix. Ceux qui l’avaient aimé d’abord ne cessèrent pas. Car il leur apparut le troisième jour vivant à nouveau. Les prophètes divins ayant du reste prédit cela de lui et bien d’autres prodiges. Aujourd’hui encore, la race des Chrétiens qui tire de lui son nom, n’a pas disparu. » (Flavius Josèphe, « Antiquités juives », 18,3).

L’auteur est notre meilleure source sur la Palestine antique. Juif né en 37 ou 38, il combat les Romains pendant la guerre de 66-70 puis passe à l’ennemi. Il finit sa vie à Rome où il ne cesse d’écrire.

Ce texte pose un problème d’authenticité car il semble que seul un chrétien ait pu écrire « si toutefois il est permis de l’appeler un homme », « c’était le Christ » ou admettre la Résurrection. Or Josèphe n’a jamais été chrétien. L’authenticité de ce texte est donc l’objet d’un débat qui dure depuis le XVIe siècle et qui n’est pas près de s’achever, d’autant que les arguments avancés par les spécialistes sont parfois de bien mauvaise qualité (voir mon annexe 3).

De toute façon, même authentique, ce texte n’apporte pas grand-chose. Le contexte doit en effet être précisé.

Deux ouvrages de Josèphe couvrent la période de Jésus. Le premier est « la Guerre des Juifs » publiée entre 75 et 79. Ce livre donne quantité de détails sur la Palestine du Ier siècle mais Jésus n’y apparaît pas. Le second est les « Antiquités juives », publiées en 93, qui contiennent les deux mentions de Jésus. Pour écrire cette histoire des Juifs, Josèphe s’est certainement renseigné auprès des Juifs qu’il pouvait rencontrer à Rome. Or, à la fin du Ier siècle, il y avait des Chrétiens à Rome et, à cette époque, les Chrétiens étaient encore des Juifs. Il est donc vraisemblable que Josèphe se soit renseigné auprès d’eux.

Quel est donc le Josèphe qui a écrit sur Jésus ? Le Juif grand connaisseur de la Palestine du Ier siècle ? Ou le Romain qui écrit sur Jésus ce que lui ont appris les Chrétiens de Rome, qui eux-mêmes répétaient ce qu’ils avaient appris au catéchisme ? Soixante ans après la mort supposée de Jésus et résidant à Rome depuis plus de vingt ans, Josèphe peut répéter ce que disent ou écrivent les Chrétiens de Rome. Ce texte s’explique donc aussi bien que Jésus ait existé ou pas.

Voir dans ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.....

Flavius Josèphe

Un autre passage des "Antiquités juives" (20,9,1) de Josèphe est parfois invoqué:

En l’an 62 le grand prêtre « Anan rassembla le tribunal et fit comparaître devant eux Jacques le frère de Jésus appelé le Christ, ainsi que quelques autres. Il les accusa d’avoir violé la loi et les livra à la lapidation ».

Voir dans ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.... et http://www.uneinventionnommeejesus.....

Le Talmud

On a beaucoup reproché au témoignage de Flavius Josèphe d’avoir été transmis uniquement par des copistes chrétiens qui ont eu tout le loisir de le modifier dans le sens de leur intérêt. C’est également le cas d’à peu près toute la littérature antique qui nous est parvenue.

À peu près seulement car les Juifs nous ont transmis, outre la Bible, une littérature considérable qui n’est pas suspecte d’avoir été altérée par les chrétiens. Il s’agit du Talmud.

On trouve dans le Talmud quelques mentions de Jésus qui sont parfois présentées comme des indices de son existence. Ces traces ne semblent pourtant pas être issues d’un savoir sur Jésus indépendant du discours chrétien. Elles sont en outre un peu tardives pour être crédibles[1].

Le texte le plus consistant est, de très loin, Sanhedrin 43a:

« La veille de la Pâque, on a pendu Jésus. Pendant les quarante jours précédant l’exécution, un héraut marchait devant lui en disant: il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie et trompé et égaré Israël. Que ceux qui connaissent le moyen de le défendre viennent et témoignent en sa faveur. Mais on ne trouva personne qui témoignât en sa faveur et donc on le pendit la veille de Pâque ».

Ce bref compte-rendu de la mort de Jésus ne concorde pas avec les récits des évangiles où l’on raconte une procédure plus expéditive: Jésus a été arrêté, jugé, condamné et exécuté en moins de vingt-quatre heures.

Ces deux versions sont trop différentes, il faut choisir.

Si le Talmud est bien informé, il faut reconsidérer la valeur documentaire des évangiles, ce qui pose un problème puisqu’ils sont notre principale source sur Jésus. Personne n’est prêt à faire ce choix.

S’il faut suivre les évangiles, alors ce texte talmudique est mal renseigné et il ne nous apprend rien sur Jésus ni sur son existence.

Face au déni de justice présenté par les évangiles, ce texte cherche à nous montrer une justice juive équitable. Comme le dit Meier (page 69): « très vraisemblablement, le texte du Talmud n’est qu’une réaction à la tradition évangélique ». C’est là qu’il faut chercher la raison d’être de Sanhedrin 43a. Il ne s’agit manifestement pas du reflet d’une connaissance indépendante du discours chrétien.

On signale souvent deux autres particularités de ce texte:

- La mort de Jésus est située la veille de la Pâque ce qui est conforme à la chronologie de l’évangile selon Jean (mais pas à la chronologie des trois autres évangiles).

- « il a pratiqué la magie » est une allusion aux miracles de Jésus.

J’ai parfois rencontré le syllogisme suivant:

Puisque le Talmud est hostile à Jésus, on ne peut s’attendre à ce qu’on y invente des histoires qui lui soient favorables. Or il est question des miracles de Jésus donc les miracles de Jésus ont bien eu lieu.

Malheureusement les miracles (la magie) font partie de l’accusation qui a mené Jésus à la croix. Il est donc difficile de les interpréter comme des éléments favorables et de leur appliquer ce raisonnement.

La mère de Jésus

Le thème de la naissance virginale de Jésus a inspiré des commentaires infamants. Dans le Talmud Jésus est le fils illégitime d’un juif nommé Pandera. On retrouve cette histoire dans le Contre les Chrétiens de Celse où Jésus est le fils d’un soldat romain nommé Panthera[2]. L'ouvrage de Celse datant de 176, on peut dire que la tradition de ben Pandera était connue à la fin du IIe siècle.

Le visiteur peut consulter une vingtaine d’autres « allusions possibles à Jésus » dans le Talmud sur http://www.ebior.org/Vie-de-Jesus/s.... Il constatera que rien de tout cela ne donne la moindre indication sur l'existence de Jésus[3].

Les autres

On cite encore quelques autres sources.

  • Thallus et Mara Bar Sérapion, voir "Une invention nommée Jésus".
  • L'archéologie, dossier totalement vide. Voir "Une invention nommée Jésus".

Notes

[1] Jésus « est absent de la Mishna et de la Tosephta dont les compilations datent de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle, et on ne le rencontre que dans les compositions plus tardives du Talmud de Jérusalem et du Talmud de Babylone » (Simon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin, page 76). Le lecteur intéressé peut aussi consulter les pages 66 à 70 du premier tome de Un certain Juif Jésus de John P. Meier (grand spécialiste catholique du Jésus historique) qui a étudié le point de vue de spécialistes du Talmud et en présente une synthèse. Extrait: « Dans le Talmud, on ne trouve pas un seul maître talmudique ayant vécu à l’époque de Jésus ou dans le premier demi-siècle de l’ère chrétienne qui cite le nom de Jésus. Quant aux rabbis du IIe siècle apr. J.C., ils réagissent vis-à-vis du Christ annoncé par les chrétiens et non vis-à-vis du Jésus historique » (page 67).

[2] « Tu as commencé par te fabriquer une filiation fabuleuse, en prétendant que tu devais ta naissance à une vierge. En réalité, tu es originaire d’un petit hameau de Judée, fils d’une pauvre campagnarde qui vivait de son travail. Celle-ci, convaincue d’adultère avec un soldat Panthère, fut chassée par son mari, charpentier de son état. Expulsé de la sorte et errant ça et là ignominieusement, elle te mit au monde en secret. Plus tard, contraint par le dénuement à t’expatrier, tu te rendis en Égypte, y louas tes bras pour un salaire, et là, ayant appris quelques-uns de ces pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, tu revins dans ton pays, et, enflé des merveilleux effets que tu savais produire, tu te proclamas Dieu ». Contre Celse 1,32,5

[3] « La légende talmudique de Jésus, est tout simplement une déformation infamante de la tradition chrétienne et l’historien de Jésus n’a rien à tirer d’elle ». Charles Guignebert, Jésus, 1933, page 23.

jeudi 06 novembre 2008

G.C. version longue

À la parution de « Une invention nommée Jésus » j’ai ouvert ce blog pour publier compléments et nouveautés ainsi que pour répondre aux questions et objections que les lecteurs voudraient bien m’adresser.

J’ai reçu quelques dizaines de messages pour la plupart favorables. Il y eut bien sûr des croyants. Ils m’ont signifié leur désaccord plutôt que leur désapprobation.

Et puis il y a Georges Daras. Cet étudiant en théologie est un blogueur extrêmement prolifique. Il m’a envoyé de nombreuses objections auxquelles j’ai répondu. Mes réponses ne lui convenant pas les échanges se sont poursuivis et il a finalement ouvert un blog auquel j’ai fait écho sur mon propre blog. Il a ensuite mis en ligne une seconde version de son texte augmentée et légèrement corrigée http://exegeseettheologie.wordpress...

Jusqu’à aujourd’hui Georges Daras a écrit à propos de « Une invention nommée Jésus » des centaines de pages contenant des objections dont la pertinence ne m’apparaît pas clairement.

J’ai mis en ligne sur mon blog une réponse à sa première version. Travail à refaire pour la seconde version. Comment voulez-vous répondre à un texte mouvant? Il peut arriver que de ce fait mes réponses ne correspondent plus à l'état actuel du texte de Georges Daras. J’ai cependant commencé à y travailler mais ceci révèle un problème (outre l'ampleur de la tâche): nous avons des façons de penser très différentes. Je trouve ses raisonnements fumeux et il ne comprend pas les miens (voir ma réponse à son douzième volet); ce qui me paraît grave ne l'impressionne pas (voir ma réponse à son quatrième volet); ce qui me paraît scandaleux lui semble normal (voir le début onzième volet au sujet des instructions données par le Vatican); ma méthode lui paraît inadaptée pour des raisons qui m'échappent (voir ma réponse à son troisième volet); ce qu'il dit de mon livre me paraît très déformé (voir ma réponse à sa version courte); nous ne voyons pas la même chose dans les mêmes textes (voir le point N° 51 dans ma réponse à son onzième volet); il admet sans justification comme préalable que Jésus "est ancré dans l'histoire" (voir les points 18, 19 et 20 dans ma réponse au quatrième volet) alors que le but de mon livre est précisément de constester l'ancrage de Jésus dans l'histoire. De surcroit le ton devient agressif (essayez de comprendre pourquoi je suis "au comble de la malhonnêteté" au point 18 de son volet sur les contradictions). Bref, le dialogue me paraît difficile.

La réponse au premier volet: "Présentation" est en http://www.uneinventionnommeejesus....

La réponse au deuxième volet: "Les sources posent-elles un problème particulier? est en http://www.uneinventionnommeejesus....

La réponse au troisième volet: "Les histoires des évangiles sont-elles incroyables ?" est en http://www.uneinventionnommeejesus....

La réponse au quatrième volet: "Les contradictions minent-elles la crédibilité des évangiles?" est en http://www.uneinventionnommeejesus....

La réponse au dixième volet "M.Bourgeois réfute-t-il les arguments des spécialistes?" est en http://www.uneinventionnommeejesus....

La réponse au onzième volet: "Les chercheurs chrétiens sont-ils de pseudo-scientifiques au service de la religion et de l'orthodoxie?" est en http://www.uneinventionnommeejesus....

La réponse au douzième volet sur les critères est en http://www.uneinventionnommeejesus....

À vous de voir si Georges Daras a quelque chose à dire.

G.C. version courte

Je réponds ici à une critique de mon livre que Georges Daras a mis en ligne sur son blog.

Georges Daras est étudiant en théologie et mon livre est sans doute fort différent de ses lectures habituelles. Il n’a pas aimé du tout.

Le travail de Georges Daras est un parfait exemple d’hypercritique : analyse systématique de détails insignifiants.

Il est bien difficile de répondre à une telle démarche. J’ai répondu point par point à une bonne partie du texte de Georges Daras et j'ai fini par me lasser. La réponse à son chipotage est extrêmement ennuyeuse à lire et (encore plus) à écrire. Je pense que sauf Georges Daras, personne ne la lira. Elle a en outre l’inconvénient de laisse penser que mon livre est du même ennui. Ce n’est pas le cas. J’ai la prétention d’écrire mieux que Georges Daras, de m’exprimer clairement et d’aller droit au but.

J'ai écrit ce livre pour exposer les graves et nombreuses objections à l’existence de Jésus. Georges Daras prétend les réfuter mais il fait autre chose. Cherchez dans son texte quelque chose de consistant et prévenez-moi si vous trouvez.

Le ton est enflammé mais sur le fond il n’y a rien.

Premier point soulevé par Georges Daras : je suis un amateur. C’est exact et le lecteur devra se faire une raison, tous les livres contestant l’existence de Jésus sont le fait d’amateurs. Interprétez cela comme vous voudrez mais pour être informé sur les objections à l’existence de Jésus, il faut chercher ailleurs que dans les ouvrages des historiens professionnels[1]

Il faut signaler que les historiens spécialisés dans le Jésus historique sont presque tous des croyants (souvent prêtres) et qu’ils sont presque tous employés par des institutions catholiques ou protestantes. Le risque de conflit d’intérêt existe. Quand un tel spécialiste affirme que, sans aucun doute, Jésus a existé, c’est peut-être parce que sa foi ou sa hiérarchie l’empêche d’avoir une autre position.

Il se trouve que les livres sur Jésus trouvent un large public et que les spécialistes publient sans difficultés de nombreuses études, parfois fort détaillées, exposant leurs méthodes de travail et leurs connaissances du personnage. Alors, certes, je ne suis qu’un amateur mais je me suis passionné pour ce sujet et j’ai passé de nombreuses d’années à lire tout ce que j’ai pu trouver ayant un rapport avec cette question. Un peu de sens critique m’a montré qu’il arrive aux spécialistes de travestir la réalité : la documentation peut-être tronquée, les difficultés ignorées et les arguments défectueux

Deuxième point soulevé par Georges Daras : méthodologie douteuse, raisonnements hâtifs et mépris voué aux spécialistes. Ces trois points sont détaillés, voyons comment[2].

Méthodologie douteuse

Il est ici question de mon approche des évangiles, documents incontournables car ils sont notre principale source de renseignements sur Jésus. Savoir si les évangiles sont historiquement fiables est un point fondamental de toute enquête sur l’existence de Jésus.

Les évangiles peuvent être lus de plusieurs façons. D’une part ils se présentent comme le récit d’une histoire s’étant réellement passée. D’autre part ils ont un aspect théologique qui s’exprime dans un langage symbolique.

J’ai commencé par les examiner en tant que récits, montrant que ce qu’ils racontent est invraisemblable. Ensuite seulement j’ai abordé l’aspect symbolique.

Mon contradicteur proteste pour deux raisons :

-d’une part il aurait préféré que j’adopte l’ordre inverse

-d’autre part, même s’il est évident que les histoires racontées dans les évangiles ne se sont pas passées ou du moins pas passées comme elles sont écrites, Georges Daras aurait préféré que je le dise autrement.

C’est pour cela et uniquement pour cela que mon approche est « douteuse ». Consultez le chapitre « Les sources posent-elles un problème particulier » et vous verrez qu’il s’agit de cela et uniquement de cela.

Raisonnements hâtifs et simplistes

La deuxième phrase de ce paragraphe est une citation de mon livre : « M. Bourgeois pose alors la question : "L'existence de Jésus est-elle une condition nécessaire à la naissance du christianisme ?" (p. 132) »

Plus loin (à peu près à la moitié de ce paragraphe) il y a une autre citation de mon livre : « L'auteur conclut: "La naissance et la diffusion du christianisme s'expliquent de la même façon que Jésus ait existé ou non." (p. 133). »

Entre ces deux bornes, Georges Daras « paraphrase » mes propos en y introduisant (volontairement ?) une grande confusion. La mosaïque qu’il a bricolée avec des bouts des phrases tirées de mon livre ne reflète que de très loin ce que j’ai écrit et ne permet pas de savoir ce qu’il me reproche.

La suite de ce paragraphe n’est pas plus claire, je renonce à la commenter.

Sur le mépris des spécialistes

J’ai consacré quelques chapitres à critiquer les travaux des spécialistes de la recherche historique sur Jésus.

Ces chercheurs ont produit sur les écrits chrétiens des travaux admirables d’érudition et d’intelligence. Je montre, nombreux exemples à l’appui, que quand ces savants abordent le problème de la réalité des histoires racontées au sujet de Jésus, on ne les reconnaît plus: les raisonnements rigoureux disparaissent au profit d’arguments d’une faiblesse déconcertante voire de mensonges purs et simples.

Le dossier que j’ai constitué me paraît accablant mais Georges Daras ne voit pas les problèmes, trouve cela absurde et interprète mes critiques comme du mépris. Au lecteur de juger sur pièces.

M. Bourgeois crée plus de problèmes qu’il n’en résout

D’après mon contradicteur, dans les évangiles « il existe indéniablement un enracinement dans l’histoire » ; il existe « des acteurs réels » ; ce sont des « témoins » qui écrivent ; il y a une « réalité hors texte mais dont les textes témoignent ».

Tout cela est admis sans discussion et sans le moindre début d’indice. Il s’agit clairement d’une démarche de foi qui ne peut pas admettre que les objections sont sérieuses.

Non, décidément, Georges Daras et moi, nous ne raisonnons pas de la même manière.

Notes

[1] Pour d’autres livres sur le même sujet, voir http://www.jchr.be/religion/jesus.h...

[2] Georges Daras a aussi mis en ligne une version très longue et très détaillée de sa critique. Voir http://www.uneinventionnommeejesus....

mercredi 05 novembre 2008

Présentation

Réponse au premier volet de la critique de Georges Daras

Point N° 1

Deux points sont soulevés.

Il n’y a pas assez de pages

Affirmation gratuite

Je me demande ce qui « peut faire penser à un ouvrage de 400-500 pages ».

Je me demande pourquoi 210 pages seraient insuffisantes pour traiter le sujet.

Georges Daras confonds quantité et qualité. Vous constaterez en lisant sa production qu’il lui manque une qualité importante pour débattre : la concision. Il ne semble pas comprendre que l’on puisse être clair et complet en peu de mots.

Je suis un amateur

C’est exact. Je suis un amateur et j’ai écrit ce livre pour remédier à une lacune des professionnels. Les objections à l’existence de Jésus sont graves et nombreuses. Les professionnels de l’étude historique de Jésus (pour la plupart croyants et/ou employés par des instituts de recherches catholiques ou protestants) ont une fâcheuse tendance à oublier ces problèmes dans leurs ouvrages. Il fallait en faire état, c’est l’objet de ce livre.

Le « Jésus historique » est un domaine de recherche qui intéresse un large public. Il existe donc quantité d’ouvrages de vulgarisation plus ou moins approfondie écrits par les meilleurs spécialistes.

J’ai lu ces livres et j’y ai trouvé une démarche biaisée tendant à faire admettre que l’existence de Jésus ne pose pas de problème. « Une invention nommée Jésus » est consacré, entre autres, à démonter cette entreprise de désinformation.

mardi 04 novembre 2008

Les sources posent-elles un problème particulier?

Réponse au deuxième volet de la critique de Georges Daras

Mon premier chapitre est consacré aux sources non chrétiennes sur Jésus. J’ai montré qu’aucune n’est probante. Georges Daras ne dit rien sur ce chapitre, je considère cela comme une approbation (voir des détails sur ce blog à http://www.uneinventionnommeejesus.... et une étude plus complète dans le livre).

Point N° 2

« Ces préliminaires sont nécessaires pour… »

Georges Daras parle de « préliminaires nécessaires ». C’est-à-dire qu’il me reproche non pas d’avoir négligé un aspect des évangiles, mais de ne pas avoir commencé par là. Le « défaut de méthode » et « l’approche biaisée » dénoncés par ce point N° 2 est un problème d’ordre et uniquement un problème d’ordre.

Le sujet de « Une invention nommée Jésus » est l’existence de Jésus. Comme les évangiles constituent de très loin notre principale source sur Jésus, la question de leur crédibilité est fondamentale.

Il se trouve que les évangiles contiennent quantité de contradictions et d’invraisemblances (Georges Daras ne le conteste pas), ce qui ne plaide pas pour leur crédibilité.

Ce point est important et j’ai choisi de commencer par là.

Georges Daras désapprouve cette démarche pour « l’effet produit sur le lecteur ».

Ces problèmes m’ont moi aussi frappés. Je les considère comme très grave et je conçois que leur seule présentation produise un effet considérable sur le lecteur. Je ne vois pas pourquoi je le dissimulerais derrière des chapitres de préliminaires.

Le « processus inconscient, de sape et de discrédit » est tout-à-fait délibéré. Il concerne, non pas les évangiles qui sont de grands textes, mais leur fiabilité historique qui est déplorable.

« M. Bourgeois œuvre davantage au service de la thèse que de l’histoire ». Mais qu’est-ce que cela veut dire ? J’œuvre au service de la thèse que je défends, bien évidemment, mais aussi au service de l’histoire.

Le point N° 3 est consacré à l’argument du silence. Peu importe de quoi il s’agit, je n’en parle pas dans mon livre et Georges Daras est donc hors sujet.

Les contradictions

Réponse au quatrième volet de la critique de Georges Daras

Résumé

Les évangiles se contredisent, Georges Daras ne le conteste pas. Il se contente de signaler qu'il leur arrive aussi de ne pas se contredire.

Point N° 15

Comme je l’ai dit pour l’incroyable, les évangiles constituent de très loin notre principale source sur Jésus, il convient d’évaluer leur crédibilité. De ce point de vue, les graves et nombreuses contradictions qui opposent ces quatre textes doivent être signalées. Le fait que cela soit connu depuis longtemps n’y change rien.

Georges Daras a beau estimer que c’est « hors contexte », parler de « symptôme » et me soupçonner de « fondamentalisme », il enfonce une porte ouverte : je cherche effectivement à établir que les évangiles n’ont que peu de crédibilité historique.

Précisons qu'à mon sens cela ne suffit pas à disqualifier les évangiles et que d'autres raisons sont données dans la suite du livre.

Point N° 16

De ce fatras il ressort principalement le fait que Georges Daras n’aime ni ce que j’écris ni ma façon de l’écrire.

Certes les prises de positions dont je parle sont successives mais elles sont absolument incompatibles, se trouvent dans les mêmes textes et sont mises dans la bouche de Jésus. Cette remarque a donc sa place dans un chapitre consacré aux contradictions entre les évangiles.

« du fait que ces positions apparaissent ensemble dans les évangiles, il parle d’un “curieux mélange de mépris et de respect pour l’intégrité des évangiles” » Ceci est tiré de son contexte et ne veut plus rien dire. Georges Daras ne rédige pas, ne construit pas, il pique par-ci par-là des bouts de phrases qui lui déplaisent en espérant que le lecteur partagera son indignation.

Point N° 17

Georges Daras a trouvé un « défaut de méthode » : je dis que les évangiles se contredisent souvent mais je ne dis pas qu’il leur arrive aussi de s’accorder.

Si un jour Georges Daras est arrêté pour excès de vitesse, se défendra-t-il en plaidant qu’il lui arrive aussi de rouler en-dessous de la vitesse maximale autorisée ?

Je n’ai pas abordé le « contexte littéraire global ». Voilà de quoi il s’agit : les évangiles ne sont pas des récits de témoins (c’est enseigné dans les facultés de théologie et je suis d’accord là-dessus) mais des textes ayant suivi une évolution complexe qui explique effectivement certaines de leurs particularités. Ils ont utilisé des textes antérieurs qui ne racontaient pas tous la même chose et ils ont connu plusieurs états intermédiaires au cours desquels les histoires qu’ils racontent ont pu être altérées. Cela est intéressant et peut effectivement expliquer la présence de contradictions. Cependant cela ne change rien au fait que les contradictions sont là et qu’elles ne plaident pas en faveur de la crédibilité des évangiles. Non, le contexte littéraire globale n’atténue pas la gravité des problèmes que je soulève.

« à aucun moment M. Bourgeois n’a pris la peine de s’informer sur les caractéristiques… » C’est une habitude de Georges Daras : quand je n’aborde pas un point qui lui paraît indispensable, il affirme que j’ignore ce point. Affirmation gratuite et fausse, sa mise au point n’y change rien.

Point N° 18

Nous sommes là au cœur d’un discours de foi. George Daras commence par préciser que dès l’origine la tradition sur Jésus ne s’attachait pas à l’exactitude des faits mais à transmettre un message théologique.

Un lecteur ordinaire en concevrait quelques inquiétudes pour la fiabilité historique des évangiles, issus d’une telle tradition.

Le croyant va dans l’autre sens et affirme sans le moindre début de commencement d’indice que, « au contraire », ce que l’on sait de Jésus est « ancré dans l’histoire ».

Point N° 19

Tout cela est intéressant mais n’est guère rassurant sur la fiabilité historique des évangiles ce qui est le sujet du chapitre que Georges Daras a entrepris de réfuter.

La démarche de foi s’exprime encore : « S’ils ne sont pas de l’histoire, ils demeurent toutefois des sources historiques… »

Point N° 20

La démarche de foi s’exprime encore. Ce n’est plus « au contraire » ni « toutefois » mais « bien au contraire » (deuxième ligne).

Comment s’étonner que le sens critique de Georges Daras ne soit guère affuté ? Il semble penser qu’il suffit de trouver des points de convergence entre les évangiles pour résoudre les problèmes posés par les contradictions (d'une part au sujet de la date de la mort de Jésus, voir http://www.uneinventionnommeejesus....); d'autre part au sujet des récits de la découverte du tombeau vide).

lundi 03 novembre 2008

Les histoires des évangiles sont-elles incroyables?

Réponse au troisième volet de la critique de Georges Daras

Au point N°2 ont été formulées deux objections:

- je n'ai pas pris les choses dans l'ordre qu'il convient

- il ne faut pas dire que les évangiles racontent des histoires invraisemblables.

Séparément ou ensemble, ces deux "problèmes" sont repris aux points 4, 5, 6, 8, 9, 10, 11, 12 et 13.

Georges Daras n’a rien à dire.

Le point N° 4 reprend le contenu du point N° 2 (voir « les sources »). Inutile d’y revenir.

Point N° 5

Certaines histoires racontées dans les évangiles sont incroyables. Georges Daras ne le conteste pas mais me reproche de le dire. Il répète une fois de plus que je n’aurais pas dû commencer par là. Pour moi le point est fondamental, je pense pouvoir le dire clairement et le dire en début de livre.

Point N° 6

Les évangiles racontent des histoires qui manifestement ne se sont pas passées ou ne se sont pas passées comme elles sont racontées. Georges Daras ne le conteste pas. Le phénomène est tellement patent que j’ai parlé de « mépris pour l’exactitude des faits ». La moitié de ce point N° 6 est consacré à broder sur l'inconvenance de ce vocabulaire.

Où Georges Daras a-t-il vu que je m’attends à trouver « l’exactitude des faits » dans les évangiles. Je constate qu’elle ne s’y trouve pas, c’est tout. On peut bien entendu y trouver des raisons culturelles et c’est l’objet de la troisième partie de « Une invention nommée Jésus ». Georges Daras a tort d’écrire que j’ignore cette dimension.

Point N° 7

Voici ce que j’ai écrit :

« Ces anomalies montrent d’une part un mépris pour l’exactitude des faits, d’autre part, la nécessité de distinguer plusieurs niveaux de lecture dans les évangiles. Le premier, le moins important, le prétexte, raconte l’histoire de Jésus. Au-delà, il y a les symboles, le message, la théologie... qui seront traitées dans la troisième partie de cet ouvrage. »

Georges Daras ne comprends pas ce que j’entends par « prétexte ». Qu’y puis-je ?

Quel est l’intérêt de ce point N° 7 ?

Point N° 8

Je ne mélange pas légende et histoire, je constate que les évangiles ont des aspects légendaires. Je l’écrit au début de mon livre et Georges Daras ne le supporte pas.

Point N° 9

Georges Daras répète encore une fois que je n’ai pas introduit les évangiles comme il l’aurait souhaité. Entre autres, il lui paraît essentiel d'aborder le midrash. Il s’agit certes d’un aspect important des évangiles mais je n’ai pas cherché à tout dire sur les évangiles, ce n’est pas mon propos.

J’ai donc choisi de ne pas parler du midrash et Georges Daras en déduit que j’ignore de quoi il s’agit. Affirmation gratuite.

Comme le dit Georges Daras, avec le midrash dans les évangiles « de nouveaux embellissements narratifs permettaient de mettre à jour l’histoire originale ou de l’augmenter ». Cela ne plaide pas en faveur de leur crédibilité.

Point N° 10

Georges Daras brode encore sur le même canevas. Les évangiles sont des traités de théologie et n’ont pas le souci de raconter une histoire vraie. C’est bien le point de vue de Georges Daras qui parle de « création littéraire ». Georges Daras me reproche de le dire et, encore une fois, de ne pas « aborder » les évangiles comme il l’aurait voulu.

Point N° 11

Et encore une fois ! Répétition du refrain :

« Pourquoi M. Bourgeois ne fait-il pas écho à ces interprétations quand il aborde les récits en question ? Pourtant, il écrira quelques chapitres plus loin que « de nombreux récits évangéliques sont délibérément construits sur le modèle d’écrits antérieurs, pour des raisons symboliques et théologiques » (p. 60). Pourquoi dans ce cas ne pas avoir expliqué le récit des ténèbres et de résurrections en fonction de ces « raisons symboliques et théologiques », au lieu de le discréditer par des explications inadéquates ? Je vais m’avancer et proposer mon idée là-dessus : M. Bourgeois reporte la véritable explication à plus tard, se réservant d’abord un moment de dénigrement fondé sur une approche erronée des récits. Ainsi, le troisième chapitre intitulé « l’incroyable », précède le chapitre 7 sur « les influences littéraires » »

Avec, l’inévitable déploration : « L’auteur aurait pu inverser cet ordre (…) et il n’y aurait dès lors plus de raison de parler de l’incroyable ».

Mais si !!! Ces histoires sont incroyables et c’est une bonne raison de le dire.

Point N° 12

Quel est le problème soulevé par ce point N° 12 ?

Je n’ai pas pris les choses dans l’ordre que Georges Daras aurait souhaité : « sans se demander d’abord comment et pourquoi… » ; « Il aurait d’abord fallu expliquer… ».

Georges Daras explique (« exercice de compréhension ») la signification du récit du recensement. C’est intéressant mais ce n’est pas une critique de mon livre puisque j’ai moi aussi traité de ces questions.

Point N° 13

Georges Daras renouvelle l’exercice sur un autre épisode des évangiles. C’est intéressant mais ce n’est pas une critique de mon livre.

Je manifeste une incompréhension profonde devant la dernière phrase : « M. Bourgeois ne tient pas compte de cette évolution et s’imagine sans doute retrouver dans l’histoire les événements tels qu’ils sont racontés dans les évangiles, ces “histoires incroyables” et “difficiles à croire” ».

Pourquoi Georges Daras pense-t-il que je m’imagine quelque chose ? Et quoi d’ailleurs ? Ce n’est pas vraiment clair.

Le point N° 14 est du pur chipotage.

Les arguments en faveur de l'existence de Jésus

Résumé : Georges Daras n’a rien compris.

Georges Daras est certainement très compétent en exégèse et en théologie mais il n’est guère à son affaire quand il s’agit d'argumenter.

Mon chapitre 12 examine les arguments que les spécialistes avancent pour soutenir que Jésus a existé. Le premier est l’argument d’autorité. Voici ce que j’en ai écrit :

« L’avis des spécialistes

« Aucun contemporain à la fois informé et sérieux ne prétend désormais que Jésus n’est qu’une ombre incertaine ou qu’un mythe humanisé »[1].

« On n’en doute plus guère aujourd’hui, Jésus “a vraiment existé” »[2].

« Nous ne sommes plus au temps où B. Bauer (1840) ou P.-L. Couchoud (1937) s’ingéniaient à nier que Jésus eût existé; le sens de ses faits et gestes, non son existence, fait aujourd’hui débat »[3].

« Nous n’en sommes plus aujourd’hui à nous demander si Jésus a existé ou non »[4].

« Certaines personnes estiment que Jésus de Nazareth n’a pas existé et qu’il s’agit d’une pure figure mythologique. Respectable sans doute, cette opinion est peu représentée parmi les personnes qui ont étudié la question. Le consensus est assez général parmi les historiens pour reconnaître en Jésus un Juif né en terre d’Israël sous le règne d’Hérode le Grand... »[5].

« La question a pu certes se poser pour l’historien au début du XXe siècle: elle est cependant dépassée aujourd’hui, sauf peut-être dans une certaine presse trop marquée par l’idéologie et pas assez par la connaissance scientifique »[6].

Bref si les spécialistes pensent que Jésus a existé, c’est parce que les spécialistes disent que Jésus a existé. Plutôt que de nous apprendre que les gens sérieux croient à l’existence de Jésus, ces auteurs nous instruiraient davantage s’ils nous expliquaient pourquoi il en est ainsi. Au lieu de cela, ils utilisent l’argument d’autorité: nous avons raison parce que nous sommes les plus savants. Cet argument n’est pas recevable. Même le plus grand savant peut se tromper. Celui qui détient l’autorité n’est pas dispensé d’argumenter. »

Fin de citation

Je pensais avoir été clair : l’argument d’autorité consiste à justifier un point de vue uniquement par des considérations d’autorité: j'ai raison car je suis un savant, un spécialiste.

Georges Daras montre qu’il ne l’a pas compris : « pour M. Bourgeois, la qualité d’expert semble suffisante pour être taxée d’abus d’autorité » ou encore « Mais il ne faut pas pour autant confondre argument d’autorité et l’avis d’une personne compétente ».

Je ne reproche pas aux personnes compétentes de donner leur avis, je reproche à celles que j'ai citées de le donner sans justification autre que l'avis des spécialistes.

Et à chaque argument que j’examine c’est la même chose, Georges Daras répond à côté de la plaque.

Un autre exemple, au point N° 62. Certains spécialistes estiment que les contradictions entre les évangiles sont un argument en faveur de l’existence de Jésus.

Il n'est pas bien difficile de critiquer cet argument. Georges Daras me répond en expliquant que ces contradictions ne sont pas en défaveur de l’existence de Jésus (elles sont « de l’ordre de la normalité »).

George Daras ne parle pas de la même chose que moi, il ne peut pas réfuter car il ne comprend pas.

Notes

[1] Charles Perrot, Jésus et l’histoire. (Présentation par Joseph Doré). Page 9 (page 7 de la seconde édition). 1979.

[2] Jacques Schlosser, Jésus de Nazareth. Page 15. 1999.

[3] Daniel Marguerat, Jésus de Nazareth. Nouvelles approches d’une énigme. Page 13. 1998.

[4] Le même neuf ans plus tard. Daniel Marguerat, Jésus, compléments d’enquête. Page 8. 2007.

[5] Michel Quesnel, Jésus-Christ. Page 10. 1994.

[6] Simon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin. Page 43. 2006.

Les spécialistes

Réponse au dixième volet de la critique de Georges Daras

L’introduction

À lire cette introduction, on comprend que Georges Daras désapprouve ce que j’ai écrit. Je crois que c’est tout ce qu’on comprend, à moins d’avoir déjà lu mon livre.

Par exemple dès la courte introduction vous lisez :

« Il y a de quoi douter, vous en conviendrez, du fondement réel de telles allégations ».

Savez-vous pourquoi il y a de quoi douter ? Ce n’est pas bien clair.

Pour que le lecteur puisse comprendre la critique de Georges Daras, il me faut donc commencer par donner une idée de ce que j’ai écrit. Voici :

Les textes

L’emprise de la religion sur la connaissance est une redoutable machine à produire de l’erreur (il y a des précédents). Il me semble que la religion ne doit pas interférer avec la recherche scientifique ou historique (du moins pour l’élaboration du savoir, pour l’utilisation des découvertes, c’est un autre problème).

Il se trouve que le Vatican estime avoir une autorité sur la recherche sur le Jésus historique. Cela est clairement et officiellement affirmé. Par exemple : « Tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est soumis en dernier lieu au jugement de l’Église » (Constitution dogmatique Dei Verbum promulguée le 18 novembre 1965. Ce texte officiel du Vatican est toujours en vigueur).

L’essentiel de ce que l’on connaît de Jésus provient des évangiles (qui font partie de la Bible, des « Écritures »), il s’ensuit que les travaux des chercheurs catholiques sur le Jésus historique sont soumis au jugement de l’Église. Je pense qu’une Église qui « juge en dernier lieu » et qui revendique son infaillibilité est à côté de la démarche scientifique.

Sur de telles bases on peut s’attendre au pire et le pire s’est produit : la constitution d’une « science catholique » aux ordres et indifférente au reste de la société. En 1943 puis en 1965, sont publiés par le Vatican deux documents qui marquent un net changement de cap. La « méthode historico-critique » reçoit l’approbation de l’Église et devient la norme dans l’enseignement catholique. Les institutions protestantes avaient suivi le même chemin.

Le Vatican ne renonce pas pour autant à toute son autorité sur la recherche (voir plus haut).

Les commentaires

Jacques Duquesne est journaliste et non spécialiste du Jésus historique. Il s’est passionné pour l’étude historique de Jésus et a lu avec grande attention les ouvrages des spécialistes. En 1974, Jacques Duquesne a publié un livre sur Jésus. Ce livre comporte un point de vue argumenté sur la virginité de Marie.

Seulement voilà, il y a un point de vue catholique officiel sur la virginité de Marie et Jacques Duquesne en a donné un autre. Le livre de Jacques Duquesne a donc suscité une virulente critique.

Particulièrement remarquable est la réaction de Pierre Grelot : « Duquesne serait un exégète improvisé qui ne comprend rien aux Évangiles de l’enfance, présenterait de manière franchement détestable la conception virginale de Jésus et lirait les récits des Évangiles comme on lit dans la presse de province les petites nouvelles du matin(...) Jacques Duquesne est accusé d’avoir traité les Évangiles comme une documentation de journaliste (...) Jacques Duquesne s’est imaginé qu’en appliquant aux textes évangéliques une lecture critique de type positiviste (...) il allait faire découvrir à ses lecteurs, enfin, le Jésus vrai. Le résultat n’est qu’un Jésus superficiel et faux (…) J’ose mettre en question sa foi catholique authentique ».

Une telle violence m’a inspiré ce commentaire :

« Duquesne s’imaginait sans doute que les spécialistes sont des scientifiques qui échangent sereinement leurs arguments dans le but de les confronter de façon objective... L’historien traque la réalité, le catholique est au service de la Vérité. Les deux ne vont pas forcément de pair et, en cas de conflit, c’est la seconde qui prévaut ».

Maintenant que le contexte est précisé, au lecteur d’estimer la pertinence du commentaire de Georges Daras :

« Il y a de quoi douter, vous en conviendrez, du fondement réel de telles allégations. En effet, M. Bourgeois ne cite qu’un seul spécialiste catholique: Pierre Grelot ».

Certes, je n’ai cité qu’une seule source mais Pierre Grelot n’est pas n’importe qui. Il n’est pas seulement un spécialiste reconnu du Jésus historique, il était à l’époque de la parution du livre de Jacques Duquesne membre de la Commission biblique pontificale (il l’a été de 1972 à 1983). On ne fait pas mieux dans l’apothéose du C.V. d’un spécialiste.

Un seul rappel à l’ordre de la part d’un tel chercheur est d’une portée considérable.

Si le cas de Pierre Grelot ne suffit pas à Georges Daras, signalons Raymond E. Brown, lui aussi spécialiste reconnu du Jésus historique, lui aussi ancien membre de la Commission biblique pontificale. Dans un de ses ouvrages (Croire en la Bible à l’heure de l’exégèse, 2002) il aborde le problème de l’autorité de l’Église :

« Le rôle de l’Église dans l’interprétation des Écritures ne s’applique pas aux domaines historiques et exégétiques » (page 65).

Cela serait rassurant s’il n’y avait une restriction : « la capacité du magistère à se prononcer sur des faits historiques » est très limitée. Elle concerne un très petit nombre de faits historiques « intrinsèquement lié au dogme » parmi lesquels « le fait généralement accepté que Jésus a vécu et a été crucifié »; ce fait a « été intégré dans un dogme précis » (page 62). Voir en note la citation complète[1].

Le dogme est ce qu’un catholique doit reconnaître comme vrai. Un catholique qui ne reconnaît pas le dogme n’est plus catholique. Comment croire en l’indépendance des chercheurs catholiques quand de tels principes sont affirmés par une telle autorité ?

Qu’en pense Georges Daras ? Il ne voit pas le problème. Consultez son point N° 51. Georges Daras cite le livre de Raymond E. Brown mais uniquement la page 65. Ce qui est écrit trois pages plus haut et qui change tout, Georges Daras ne l’a pas vu.

Ce point N° 51 est intitulé « Ce que M. Bourgeois aurait dû savoir à propos des documents officiels qu’il cite ». Je lui retourne le compliment.

Sans transition Georges Daras reproduit ensuite deux citations de Grelot qui proviennent de mon chapitre 11. Voici la première :

« D’après Pierre Grelot, la datation de l’évangile selon Marc “est une question libre où l’appréciation est laissée au choix prudent des critiques, pourvu que l’enracinement traditionnel du texte reste intact”. » (p. 116)

Georges Daras cite ce texte sans les commentaires que j’en ai donné. Les voici :

« De tels propos sont inadmissibles de la part d’un scientifique.

- s’il ne faut pas toucher à la tradition, on peut se demander à quoi sert la science.

- en science, la notion de « question libre » n’existe pas, les chercheurs peuvent travailler comme ils l’entendent et leur seul devoir est de convaincre. Aucune autorité ne doit recommander la prudence aux scientifiques. Du moins tant qu’il s’agit d’exposer le résultat des recherches, quand il s’agit de les utiliser, c’est une autre affaire. Dans le délicat exercice consistant à concilier science et foi, Pierre Grelot choisit clairement la foi.

- enfin, puisque les spécialistes ne remettent jamais en question le rôle de l’autorité dans la recherche sur le Jésus historique, ils montrent par là que la connaissance n’est pas leur priorité ».

Fin de citation (page 116 de « Une invention nommée Jésus).

Les problèmes que je soulève ici me semblent fondamentaux. Georges Daras les discute-t-il ? Non. Il ne semble pas les voir.

Georges Daras reproduit une autre citation de Pierre Grelot: « Il faut savoir défendre à la fois l’orthodoxie chrétienne (...) et la liberté chrétienne, appliquée à des recherches historiques où la foi comme telle n’est justement pas engagée, pourvu qu’on les mène correctement. »

Inutile de commenter, ce mélange indigeste de liberté et d’orthodoxie parle de lui-même.

Voilà, il m’a fallu deux bonnes pages pour débrouiller les quelques lignes de l’introduction de la critique de Georges Daras sur mon chapitre 11.

Point N° 45

« Tout le chapitre sur la liberté du chercheur catholique est placé sous le patronage de ces deux citations de Grelot ».

Dans mes pages 115 à 123, il n’y a pas deux citations de Pierre Grelot mais six. Ma documentation est moins indigente que ne l’insinue Georges Daras

« Cette mise en exergue ne sera pas sans faire son petit effet sur le lecteur non averti ».

Un lecteur averti ne se laisserait pas embobiner par mes propos. Insinuation encore.

« Il aura effectivement l’impression que les chercheurs catholiques pensent tous comme Pierre Grelot… » Je n’ai rien écrit de tel.

« M. Bourgeois se trompe lourdement ». Forcément puisque ce n’est pas ce que j’ai écrit.

« Quelles que soient les critiques, aussi légitimes soient-elles, prononcées contre ce que Grelot écrit… » Voilà une approbation du bout des lèvres. Georges Daras devrait faire plus : admettre qu’il y a vraiment un problème.

« il est totalement injustifié d’en faire une généralité ». Je n’ai rien dit de tel.

« L’opinion de M. Grelot regarde en premier lieu M. Grelot et ceux qui estiment ses propos défendables ». Non, Pierre Grelot est bien plus qu’un chercheur isolé. De plus j’attends toujours qu’un spécialiste, un seul, critique son point de vue.

Point N° 46

La citation de Joseph Doré rappelle que les catholiques sont « invités à reconnaître » le point de vue catholique sur la virginité de Marie. Joseph Doré est certes moins réputé que Pierre Grelot mais ce qu’il affirme là n’est pas plus admissible. Et si le dire produit de l’effet, ce n’est pas uniquement de mon fait.

Concernant le Père Lagrange il est exact que ce que se permettait l’Église avant la dernière guerre n’est plus possible actuellement. Ce qui précède montre toutefois qu’elle n’a pas renoncé à la totalité de son emprise. Sinon, à quoi bon produire des textes officiels au sujet de son autorité ?

Point N° 47

Je ne cherche pas à m’en prendre aux chercheurs, je fournis les instructions que le Vatican donne aux catholiques. Je constate que l’Église estime avoir une autorité sur les chercheurs et que cette autorité est acceptée par d’éminents chercheurs catholiques. Cela ne va pas dans le sens d’une recherche dégagée des soucis de la foi.

Et puis, il arrive que les sanctions tombent : le 18 décembre 1979, le professeur Hans Küng s’est vu retirer son autorisation d’enseigner. Le communiqué de la conférence épiscopale allemande qui a annoncé cette décision précise: « S’il arrive qu’un professeur de sciences sacrées choisisse et répande comme norme de la vérité son propre avis et non la pensée de l’Église, et s’il persiste ... la simple honnêteté demande que l’Église mette en évidence un tel comportement et décide qu’il ne peut plus enseigner au nom de la mission qu’il a reçue d’elle ... La Congrégation pour la doctrine de la foi ... a déclaré dans un document le 15 février 1975 que certaines opinions du professeur Hans Küng s’opposent à des degrés divers à la doctrine de l’Église qui doit être tenue par tous les fidèles. Parmi celles-ci elle a signalé, en raison de leur plus grande importance, celles qui concernent le dogme de la foi dans l’infaillibilité de l’Église, le devoir d’interpréter authentiquement l’unique dépôt sacré de la parole de Dieu confié au magistère vivant de l’Église, enfin la consécration valide de l’Eucharistie. En même temps, la Congrégation a averti le professeur Küng de ne plus continuer à enseigner de telles doctrines, et demeurait dans l’attente qu’il harmonise ses opinions personnelles avec la doctrine du Magistère apostolique. » La Croix du 19 décembre 1979, page 11.

On peut estimer qu’une telle attitude est normale de la part d’une religion soucieuse de défendre ses intérêts. Dans ce cas, il faut cesser de croire que cette religion peut s’impliquer dans des recherches scientifiques, qu’elle peut produire du savoir.

Point N° 48

Meier a su rester dans les limites de l’acceptable, pas Duquesne.

Point N° 49

Comment être assuré que le chercheur croyant n’est pas tenté d’écarter des éléments gênant pour sa foi ?

Georges Daras se contente d’écouter des spécialistes croyants nous assurer que cela n’arrive pas.

Cela ne suffit pas à me rassurer.

Point N° 50

Il n’y a rien dans ce point N° 50.

Point N° 51

Ici, l’analyse de Georges Daras relève de l’aveuglement.

« Le rôle de l’Église dans l’interprétation des Écritures ne s’applique pas aux domaines historiques et exégétiques (c’est l’exégète Raymond Brown qui le dit, ici, p. 65)… »

Tout cela est bel et bon mais deux pages plus haut dans le même livre intervient une restriction qui change tout. À propos de « la capacité du magistère à se prononcer sur des faits historiques », Brown précise qu’ « un très petit nombre est intrinsèquement lié au dogme » parmi lesquels « le fait généralement accepté que Jésus a vécu et a été crucifié ».

L’existence de Jésus est liée au dogme ! Comment voulez-vous que l’Église transige à ce sujet ?

Georges Daras l’a lu mais ne l’a pas vu.

Point N° 52

Ce que je viens de dire vide de sa substance ce point 52.

S’il est exact que l’Église a cessé d’avoir un point de vue sur tous les détails historiques liés à la Bible, on ne peut pas en déduire, comme le fait Georges Daras qu’elle a renoncé à son point de vue sur tous les aspects de l’histoire (Brown dit le contraire).

Point N° 53

Rappelons que la plupart des chercheurs sur le Jésus historique travaillent au sein d’un institut de recherche catholique ou protestant.

Point N° 54

Des exemples de désinformation sont donnés dans les chapitres suivants.

Le courant de pensée en question s’appelle « méthode historico-critique ».

Point N° 55

Rien de nouveau. Je passe.

Point N° 56

« Sur les questions historiques et exégétiques, c’est la recherche historique et exégétique qui peut dire quoi que ce soit, pas la foi ni l’Église ». Ce n’est pas vrai (voir Brown).

Point N° 57

Rien de nouveau. Je passe.

PS. RENDRE JUSTICE À PIERRE GRELOT

Je n’envisage pas de juger la totalité de l’œuvre de Pierre Grelot. Georges Daras est hors sujet.

Notes

[1] Prétendre qu'il s'agit de questions inextricablement liées à la foi et à la morale est absolument indéfendable, car aucune doctrine de l'Église ne dépend de l'identité de l'auteur d'un livre ou de la date de sa composition, dans la mesure où l'on reconnaît que ce livre est inspiré. Il est tout aussi vain d'en appeler à la tradition car, en matière d'identification des auteurs des livres bibliques, les auteurs chrétiens ont simplement copié les uns sur les autres (ou développé l'information qu'ils avaient reçue en y ajoutant quelques épisodes de légendes). La « tradition », sur ce genre de sujet, si unanime soit-elle, n'a généralement guère plus de valeur que la première affirmation qui en est à l'origine. Le même type de limites se retrouve dans la capacité du magistère à se prononcer sur des faits historiques dont un très petit nombre est intrinsèquement lié au dogme. Hormis le fait généralement accepté que Jésus a vécu et a été crucifié, les seuls faits le concernant qui aient été intégrés dans un dogme précis semblent être qu'il ne fut pas conçu d'un père humain, que son corps dans la tombe ne connut pas la corruption et que, lors de son dernier repas avant sa mort, il établit un lien entre le pain et le vin et sa chair et son sang. Les autres dogmes ne sont pas vraiment liés à l'historicité d'un événement particulier. La définition par l'Église de la virginité préservée de Marie est faite en des termes tels que les « frères » de Jésus dont parle le Nouveau Testament ne peuvent pas avoir été les enfants de Marie (une position que j'accepte en tant que catholique) mais au nom de quelle autorité l'Église peut-elle nous dire, de façon positive, qui ils étaient ? On peut répondre qu'il existait, en Occident, une tradition pratiquement unanime qui voyait en eux des cousins de Jésus. Elle s'appuyait sur la position de Jérôme rejetant une tradition antérieure qui faisait d'eux les demi-frères de Jésus et les enfants de Joseph issus d'un précédent mariage.

Les critères

Réponse au douzième volet de la critique de Georges Daras

Georges Daras reconnait qu’il n’a pas compris ce que j’ai écrit à propos du critère de l’embarras (« Je n’arrive pas vraiment à saisir ce que M. Bourgeois a voulu dire… », au point N°72). Cela ne l’empêche pas de donner son avis.

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