L’existence de Jésus est une affirmation de foi et non d’Histoire

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 19 février 2010

Patience!

Un problème de gestion du stock a rendu "Une invention nommée Jésus" indisponible. Tout devrait rentrer dans l'ordre au début du mois de mars.

vendredi 22 janvier 2010

Les documents non chrétiens au sujet de Jésus

Pour établir que Jésus a existé, l'argument le plus convaincant et le plus souvent avancé est la liste des auteurs non chrétiens qui ont mentionné cet illustre personnage.

Les plus sérieuses de ces pièces sont des textes des romains Tacite et Pline le Jeune (vers 115) et du juif Flavius Josèphe (vers 95). Avant, il n'y a rien. Le problème est que ces textes ont été écrits à Rome à une époque où les chrétiens étaient déjà bien implantés. Il est donc fort possible que ces auteurs répètent ce que les chrétiens de leur temps disaient au sujet de leurs origines. Ils ne permettent donc pas de conclure au sujet de l'historicité de Jésus.

Voir ces textes et quelques commentaires sur ce blog http://www.uneinventionnommeejesus.... ou ailleurs sur la toile. Bien entendu, la carence des auteurs non chrétiens à propos de Jésus peut s’expliquer de nombreuses façons: des textes ont pu être perdus, Jésus a pu être considéré comme trop insignifiant pour être mentionné etc.

Bien sûr, absence de preuve n'est pas preuve d'absence. Je signale simplement que ces textes n’établissent pas l'existence de Jésus. Ce n'est pour moi qu'un préalable, le début de l'enquête.

samedi 16 janvier 2010

Accueil

« Je pense il est vrai que nous ne pouvons pratiquement rien savoir de la vie et de la personnalité de Jésus parce que les sources chrétiennes en notre possession, très fragmentaires et envahies par la légende, n’ont manifesté aucun intérêt sur ce point, et parce qu’il n’existe aucune autre source sur Jésus. Tout ce qui a été écrit depuis environ un siècle et demi sur la vie de Jésus, sa personnalité et son évolution intérieure - dans la mesure où il ne s’agit pas d’études critiques - relève du domaine du roman! »

L’auteur de ces lignes (1926, "Jésus" au Seuil page 35) n’est pas le premier mécréant venu mais Rudolf Bultmann, illustre théologien protestant allemand, sans doute le plus éminent spécialiste de son temps des études sur Jésus.

De telles prises de position firent grand bruit puis la crise fut surmontée. L’Église, qui avait jusque-là refusé toute étude critique de la Bible, comprit qu’il était temps de s’adapter. Elle abandonna donc son autorité sur les spécialistes des études bibliques.

Les spécialistes du Jésus historique sont cependant presque tous des croyants et la recherche ainsi que la formation des chercheurs sont confiées à des institutions religieuses. Sans être exagérément soupçonneux, on peut craindre un conflit d’intérêts: si les spécialistes disent que Jésus a existé, c’est peut-être parce que leur foi ou leur hiérarchie leur interdit de dire autre chose.

Toujours est-il qu'ils sont catégoriques:

« Il n’y a aucune raison de mettre en doute, comme on l’a parfois fait, l’existence historique de Jésus. »

« Mettre en doute l’existence de Yeshouah, rabbi de Nazareth, va à l’encontre de l’évidence. »

« Son existence est une certitude. »

etc.

Et bien non, ceci est faux. Les spécialistes du « Jésus historique », sous couvert de science et d’histoire, font de la religion et de la désinformation. Ils ont produit sur les écrits chrétiens des travaux admirables d’érudition et d’intelligence. Cependant, quand ils abordent le problème de la réalité des histoires racontées au sujet de Jésus, on ne les reconnaît plus: les sérieuses objections à l'historicité de Jésus sont passées sous silence et les raisonnements rigoureux disparaissent au profit d’arguments d’une faiblesse déconcertante voire de mensonges purs et simples.

Comme d'autres avant moi, j'ai écrit un livre à ce sujet.

La recherche d'un éditeur fut longue et difficile. Cela fait vingt ans qu'un éditeur non confidentiel n'a pas publié un livre en français à ce sujet (Gallimard a publié l'impressionnant "L'invention de Jésus" du regretté Bernard Dubourg en 1989). Heureusement qu'il existe encore des éditeurs militants !




Alors, pourquoi un blog ?

Un livre est un moyen de communication à sens unique.

Ce blog doit donc permettre aux lecteurs de me soumettre questions et remarques. J’y répondrai dans la mesure de mes possibilités.

En outre, je publierai les réponses que les spécialistes cités (et critiqués) dans le livre voudront bien m’adresser.

Bref, je propose de débattre à propos de l’existence de Jésus.

L'état de divers forum sur Internet m'a persuadé que laisser la parole à tous les correspondants conduit rapidement à un très grand désordre. Je filtre donc. En pratique, je reformule les interventions dont je rends compte. Si un correspondant souhaite que son message soit cité ou signé, je le prie de me le faire savoir. Si un correspondant estime que j'ai déformé sa pensée, je le prie de me le faire savoir.



Un livre est aussi un moyen de communication figé. Une fois imprimé, il n’est plus possible de tenir compte des nouveautés. Avec Internet, il est possible de faire mieux.

Certes, à propos du Jésus historique, l'actualité n'est pas quotidienne. Cependant, la sortie d'un livre ou la confection par un magazine d'un dossier sur le sujet ne sont pas rares et je suis tenté de les commenter. C’est l’objet de la rubrique "Actualité".



Vous pouvez naviguer grâce à la rubrique "Catégories" de la colonne de gauche.

Vous pouvez laisser un commentaire en cliquant sur le titre d'un message.

vendredi 11 septembre 2009

Wikipedia

Puisque wikipedia aborde tous les sujets, wikipedia s'est penché sur l'existence de Jésus dans un article intitulé « thèse mythiste ». C'est ainsi que les auteurs appellent une thèse contestant l'existence de Jésus.

L'article répète à de nombreuses reprises que les universitaires et autres spécialistes professionnels ne sont pas des mythistes. Même si cela est exact, cela ne suffit pas pour convaincre. L'article comporte donc un chapitre « l’existence de Jésus » qui tente d'expliquer pourquoi il en est ainsi.

Et là, les auteurs de wikipedia butent sur le même obstacle que tous ceux qui ont tenté l'exercice. Il existe quantité d'arguments en faveur de l'existence de Jésus mais ils sont tous mauvais (voir mon chapitre 12). Les auteurs le savent (cela a été signalé sur la page de discussion et n'a pas été contesté) mais ils tiennent à leur point de vue, alors ils écrivent quand même. Voyons cela de plus près.

Ce chapitre est un intime mélange de citations d’autorités (qui affirment sans justifier) et d’arguments inconsistants. Le visiteur peut le consulter, je me contenterai donc de reformuler et de commenter.

Le chapitre commence par deux citations. La première estime que les témoignages non chrétiens n’apportent pas la preuve de l’existence de Jésus, la seconde que les mythistes n’ont guère convaincu.

Je ne conteste pas, poursuivons.

L’article annonce ensuite quatre arguments.

1/ Dans l’antiquité, les adversaires du christianisme n’ont pas contesté l’existence de Jésus.

Signalons que les textes des adversaires en question sont assez tardifs (pas avant 170) donc pas nécessairement bien renseignés.

D'autre part, l’argument, souvent avancé, serait plus convainquant s’il était accompagné d’exemples de textes antiques contestant l’existence de quelqu’un (Zeus, Apollon ou autres). Mais non, rien. Personnellement je n’en connais pas. Les anciens ne semblent pas y avoir pensé.

Même les chrétiens ne contestent pas leurs adversaires de cette façon. Au contraire, on trouve dans l’Apologétique du chrétien Tertullien (fin du IIe siècle): « Comme Saturne apparaissait partout à l'improviste, il lui arriva d'être appelé "fils du Ciel" » ; (10.10) « Bien simples d'esprit seraient les hommes s'ils ne croyaient pas (...) que Jupiter lui-même a craint les foudres que vous lui mettez dans la main » (11.6) ; « Mais vous ne sauriez nier que vos dieux aient été des hommes » (11.13) ; « Vos dieux, ce sont les noms de quelques anciens morts » (12.1).

Le point 2/ signale que dans les lettres de Paul, Jésus « est présenté comme un personnage réel ».

Les lettres de Paul sont des textes chrétiens (ils font partie de la Bible). Comme tous les chrétiens croient à l’existence de Jésus la portée de la remarque est assez faible.

Le point 3/ contient deux parties.

La première partie présente les évangiles qui « sont les principales sources sur Jésus », qui « contiennent de nombreuses contradictions, incohérences et invraisemblances » et qui répondent à des préoccupations théologiques.

Je ne le conteste pas mais cela ne semble pas aller dans le sens indiqué par l’article.

La seconde partie nous apprend que des historiens tentent de trier dans les évangiles ce qui s’est vraiment passé de ce qui a été inventé. Pour cela ils utilisent des « critères » que l’article présente comme « les plus rigoureux possibles » mais dont une note nous apprend qu’ils sont contestés.

Ces critères méritent d'être examinés de près. Il apparait alors que derrière un discours d’une apparence sérieuse et scientifique se cachent des outils d’une effrayante nullité (voir mon chapitre 13).

Le point 3/ s’achève par une nouvelle citation d'autorité affirmant que Jésus a existé.

Le point 4/ nous offre encore des citations de deux autorités affirmant que Jésus a bien été crucifié. Du discours confus qui suit, il ressort qu’une autorité estime que les docètes (des chrétiens hérétiques du IIe siècle) croyaient à l’existence de Jésus.

Voilà, c’est tout. L’article a le mérite de tenter d’établir l’existence de Jésus mais il ne semble pas y parvenir.

jeudi 13 août 2009

Il arrive qu'on raconte n'importe quoi sur la toile: la transmission des évangiles

Ce billet est plus long que les autres car il détaille une petite entreprise de désinformation.

Nous ne disposons pas des manuscrits originaux des textes de l’antiquité mais de copies de copies de copies. La longue transmission qui a conduit ces textes jusqu’à nous est souvent l’occasion d’erreurs voire de « corrections » plus ou moins judicieuses. Quand on dispose de plusieurs manuscrits d’un texte antique, on les compare pour essayer de reconstituer le texte original. Cela s’appelle la critique textuelle.

L’histoire de Jésus nous est connue par le Nouveau Testament (recueil des principaux textes chrétiens) et principalement par les évangiles. Ces textes ont été massivement recopiés (on dispose de milliers de manuscrits grecs, la plupart recopiés au moyen-âge) et ont eux aussi été altérés. À ce sujet, on peut consulter l’excellent ouvrage de Léon Vaganay et Christian-Bernard Amphoux, « Initiation à la critique textuelle du Nouveau Testament », Cerf, 1986. Les variantes sont tellement nombreuses que la critique textuelle est ici un travail colossal entamé il y a deux siècles et qui est loin d’être achevé : « En 1707, John Mill publia à Oxford, après trente ans de préparation une édition du Nouveau Testament qui fit scandale. Il avait réuni près de 30 000 variantes tirées d’un grand nombre de manuscrits antiques… ». En 1720 Bentley entreprit « d’éditer le texte courant au IVe siècle, en se fondant uniquement sur les manuscrits grecs et latins les plus anciens (…) La réaction fut vive. Bentley fut attaqué avec fureur et ses cours suspendus quelques temps. Comme il n’était pas homme à se laisser facilement intimider, il commença de rassembler ses matériaux. Puis, avec l’âge, soit par amour de la paix, soit difficultés de l’entreprise, il renonça... » (Amphoux pages 199 et 200).

Il faut dire que la tâche est considérable : « On a parlé de 150 000 variantes; d’aucuns disent même 250 000 (…) on aurait de la peine à trouver une phrase, un membre de phrase dont la tradition manuscrite soit uniforme » (Amphoux page 17). Beaucoup de ces variantes sont insignifiantes (faute d’orthographe ou omission de mot) alors que d’autres, volontaires, altèrent le sens du texte.

Je suis donc un peu perplexe quand je lis ceci : « Pour le NT, 98,3 % du texte est indemne de variante ». Non, il ne s’agit pas d’un dérapage au détour d’un forum mais d'un site apparemment documenté et sérieux : http://www.info-bible.org/histoire/.... On retrouve le même texte sur http://massegilbert.zeblog.com/2009.... Un autre site enjolive encore les choses : « Même les auteurs les plus libéraux, les plus attachés à détruire l'authenticité de la Bible, admettent que l'on peut être sûr de la fiabilité de nos nouveaux testaments à 98.3 % ! », voir http://www.unpoissondansle.net/rein....

Ces affirmations sans rapport avec la réalité ne sont pourtant pas dénuées de fondement. Au terme d'un petit travail de critique textuelle, je pense avoir trouvé la source: la page 60 de http://www.scribd.com/doc/12915051/.... Les sites qui l'on copiée ont simplement commis quelques petites omissions dans les phrases précédentes. Pas grand-chose, quelques mots. Voici les phrases qui précèdent, dans la version du site source puis dans la version subtilement altérée.

Au lieu de lire:

- Pour les quelques endroits où on n'est pas sûr du texte dans la famille byzantine, cela ne remet jamais en cause une doctrine essentielle.

on lit:

- Pour les quelques endroits où on n'est pas sûr du texte, cela ne remet jamais en cause une doctrine essentielle.

Au lieu de lire:

- Entre les manuscrits les plus divergents de cette même famille, il y a accord sur 97 % du texte. Le pourcentage varie grandement entre les divergences de la famille Byzantine et de la famille Alexandrine du fait que cette dernière est formée de manuscrits défectueux et corrompus.

on lit:

- Entre les manuscrits les plus divergents, il y a accord sur 97 % du texte.

Les passages du site source qui ont été omis sont les références à « la famille byzantine ». Selon leurs points communs, les manuscrits du Nouveau Testament peuvent être répartis en familles. Au sein d’une même famille, les divergences sont évidemment moindres que dans l’ensemble des manuscrits. Cela apparaît dans le site source mais plus dans les autres. L’auteur des références biographiques (Alfred, Kuen, "Une Bible et tant de versions", Saint-Légier, Emmaüs, 1996) devrait protester.

Voilà comment, en omettant quelques mots, on raconte n’importe quoi sur la toile.

Pour finir, voici un exemple de variante intentionnelle. Il s’agit des versets 16 et 17 du 19e chapitre de l’évangile selon Jean.

La plupart des manuscrits portent :

« Eux ayant pris Jésus l’emmenèrent et chargé lui-même de sa croix il sortit vers le lieu-dit du crâne, c’est-à-dire en hébreux Golgotha où ils le crucifièrent ».

Le plus ancien manuscrit de ce texte (P66, c'est-à-dire le papyrus néotestamentaire N° 66, daté des environs de l’an 200) ne contient pas « et chargé lui-même de sa croix il sortit ». Cela donne:

« Eux ayant pris Jésus l’emmenèrent vers le lieu-dit du crâne, c’est-à-dire en hébreux Golgotha où ils le crucifièrent ».

Consultons ce qu’en dit Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles, deuxième tome, § 351, page 421). Boismard (1916-2004) prêtre, professeur à l’École biblique de Jérusalem, fut un des meilleurs connaisseurs des évangiles. Après comparaison et analyse des textes, il arrive à la conclusion que la version primitive est celle de P66. D’une part sans ces quelques mots le texte est grammaticalement plus correct. D’autre part le motif de cet ajout peut être déterminé :

Les trois autres évangiles racontent qu’un certain Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix (Matthieu 27,32; Marc 15,21 et Luc 23,26). Au second siècle, l’hérésie docète prétendait que ce n’était pas Jésus qui était mort sur la croix mais Simon de Cyrène. Jésus n’aurait vraiment été ni mort ni ressuscité. Il fallait réagir. « On comprend alors la réaction d’un scribe recopiant le manuscrit d’un évangile de Jean et ajoutant: "chargé lui-même de sa croix" » afin de se débarrasser de Simon de Cyrène et des prétentions docètes.

Il faut l’admettre, la transmission des évangiles est entachée d’erreurs et d’influences théologiques.

De toute façon, s’inquiéter de l’intégrité des évangiles n’aurait d’intérêt historique que si ces textes racontaient fidèlement les faits (si faits il y eut). Or les quatre évangiles racontent l’histoire du même Jésus avec des contradictions autrement plus graves que les variantes que l’on rencontre dans les différents manuscrits d’un même évangile. À ce sujet le visiteur peut consulter le billet « les contradictions » sur ce blog, taper « contradictions » et « évangile » sur Google ou, mieux, lire le chapitre 4 de « Une invention nommée Jésus ».

samedi 01 août 2009

Il arrive qu’on raconte n’importe quoi sur la toile: la datation d'un manuscrit

Le plus ancien manuscrit chrétien est peut-être P52, un papyrus découvert en Égypte qui comporte une vingtaine de mots de l’évangile selon Jean. Sa datation paraît très importante à certains auteurs de livres ou de sites internet qui se recopient et s’enjolivent mutuellement sans prendre la peine de vérifier.

En tapant « P52 » et « évangile » sur Google, vous ferez connaissance avec ce manuscrit. Vous pourrez consulter sa photo ainsi qu’un large éventail de datations : « fin du premier siècle » ; « 120 » ; « 125 » ou « environ 125 » ou « les années 125 » (qu’est-ce que cela veut dire ?) ; « 117-138 » ; « entre 125 et 130 » ; « 135 environ » ; « de 100 à 150 » ; « antérieurement à 150 » ; « début du IIe siècle » ; « première moitié du second siècle » ; « alentours de l'année 150 » ; « 170 CE +/-25 » ; « vers l’an 200 ».

L’année 125 est la plus représentée, souvent accompagnée de considérations sur l'importance de cette datation. À titre d’exemple, voici ce qu’on trouve sur wikipedia :

« L’importance de ce fragment est qu’il prouve l’existence et la diffusion de l’Évangile de Jean dès la première moitié du IIe siècle. Compte tenu du temps nécessaire entre la rédaction de l’original, celle des copies, et leurs diffusions du lieu d’origine (très certainement Éphèse en Asie mineure) jusqu’en Haute-Égypte, les chercheurs estiment que l’original a dû être écrit 30 à 35 ans plus tôt. »

Voyons donc quelques détails.

Comment un manuscrit peut-il être daté ? Dans le meilleur des cas, il suffit de lire la date qu’il porte. On peut aussi utiliser des informations données par les fouilles qui l’ont découvert (par exemple, un manuscrit trouvé à Pompéi a été écrit avant 79). On peut encore chercher des indices dans le texte porté par le manuscrit.

Malheureusement, P52 ne porte pas de date et on ne sait pas exactement où il a été découvert (il a été acheté à un marchand égyptien). Le texte de P52 porte quelques mots de l’évangile de Jean qui raconte l’histoire de Jésus se déroulant vers l’an 30. P52 a donc été écrit après 30 mais c’est tout ce que l’on peut dire.

Il ne reste donc plus que l’analyse de l’écriture. C’est le travail de spécialistes appelés paléographes ou papyrologues. La façon d’écrire évolue avec le temps et une analyse minutieuse de la forme des lettres peut situer un manuscrit dans cette évolution. La méthode est précise si l’on dispose de plusieurs manuscrits d’un même scribe dont certains sont datés, ou encore de manuscrits provenant d’une même communauté. Dans le cas d’un manuscrit isolé, la précision est moins bonne car un scribe âgé peut conserver les habitudes de sa jeunesse, voire celles de son maître. Des traits archaïques peuvent persister sur un manuscrit tardif.

En 1935, le paléographe C. H. Roberts comparait P52 avec des manuscrits datés du début et du milieu du IIe siècle et le datait de « la première moitié du IIe siècle », datation qui a longtemps été acceptée. Un jour, quelqu’un a remplacé « première moitié du IIe siècle » par « 125 » affublant cette datation d’une précision impressionnante (ou ridicule).

En 1989 un autre paléographe, A. Schmidt datait P52 de 170 avec une incertitude de 25 ans, en plus ou en moins, c’est-à-dire, « seconde moitié du IIe siècle ».

En 2005, B. Nongbri faisait remarquer que les caractéristiques d’écriture relevées sur P52 se rencontraient effectivement sur des manuscrits du début du IIe siècle, mais aussi sur d’autres de la fin du même siècle et du début du IIIe. Bref, que la paléographie n’est pas une science exacte et que la datation de P52 ne peut pas être précise, en partie à cause de sa petite taille.

Référence : http://digilander.libero.it/Hard_Ra...

Finalement, P52 peut être daté du IIe siècle ou du début du IIIe: la précision décevante étant due aux raisons signalée plus haut.

Quant aux spéculations sur le temps nécessaire à la copie et au voyage de P52, elles sont calibrées pour aboutir à la date très hypothétique de la rédaction de l’évangile selon Jean (voir sur ce blog http://www.uneinventionnommeejesus....). Pourquoi « 30 ou 35 ans » ? Pourquoi pas un mois ou un siècle ? Il s’agit d’un défi au simple bon sens et même à l’honnêteté.

jeudi 23 juillet 2009

Jésus est mort le 7 avril 30

« La date de la mort de Jésus fait actuellement l’objet d’un large consensus: Jésus est mort sous le préfet Ponce Pilate en l’an 30 de notre ère, et plus exactement le 7 avril de l’an 30 »[1].

La précision du renseignement impressionne certains de mes correspondants mais ne repose sur rien de solide. Voyons pourquoi.

Les informations proviennent des évangiles [2] mais sont difficiles à exploiter.

Le premier problème est une contradiction. Les trois premiers évangiles (Matthieu, Marc et Luc) font mourir Jésus le jour de la fête de pâque [3] mais l’évangile selon Jean opte pour la veille[4].

En outre les évangiles s’accordent pour dire que Jésus est mort la veille du sabbat, c’est-à-dire un vendredi après-midi[5].

Comme la fête de pâque ne peut être, la même année, à la fois un vendredi et un samedi les évangiles ne s’accordent pas non plus sur l’année de la mort de Jésus.

Pour élaborer une date, il faut donc choisir. La version de Matthieu, Marc et Luc a contre elle une impossibilité flagrante: Jésus a été arrêté et jugé par les autorités juives pendant la fête de pâque alors que le repos était obligatoire pour tous les juifs. Une fois éliminée la mauvaise chronologie on peut faire confiance à l’autre. Jésus est donc mort un vendredi, veille de la fête de pâque.

Les évangiles indiquent aussi que Jésus est mort alors que Pilate administrait la Judée, entre les années 26 et 36. Jusque là tout va bien. Si l’on fait confiance aux évangiles le terrain est solide. Pour savoir quand Jésus est mort, il ne reste plus qu’à chercher les années où la fête de pâque est tombée un samedi.

À l’époque la pâque n’était pas une fête mobile, elle tombait chaque année le 15 du mois de nisan. Des spécialistes affirment que « à l’aide du calcul astronomique, il est possible de savoir quand un 14 de Nisan est effectivement tombé le vendredi »[6] et qu’il ne reste plus que deux dates, le 7 avril 30 et le 3 avril 33. Cette datation est répétée depuis des siècles[7] mais elle ne repose sur aucune base solide. Examinons les détails[8].

Le calendrier juif

Les règles du calendrier juif actuel permettent de connaître la date des fêtes de n’importe quelle année passée ou à venir. Il a été fixé au IVe siècle après J.-C. Auparavant le calendrier était établi de façon empirique.

Chacun des douze mois de l’année correspondait à une lunaison et durait donc 29 ou 30 jours. Les années comportaient ainsi environ 354 jours et le calendrier dérivait. Pour que le début de l’année arrive toujours au printemps, on ajoutait de temps en temps un treizième mois. Cela se produisait environ une année sur trois.

Les règles régissant ce calendrier sont connues.

Le 29 de chaque mois, on examinait le ciel. Si l’on apercevait un croissant de lune après le coucher du soleil, le mois suivant commençait. Dans le cas contraire, on ajoutait un trentième jour au mois en cours.

À la fin du douzième mois, on examinait les champs. Si l’on estimait que les épis étaient assez murs, l’année suivante commençait. Dans le cas contraire, le printemps n'était pas encore arrivé et on rajoutait un treizième mois (de trente jours) à l’année en cours[9].

Ainsi l’année commençait toujours au printemps, par le mois de nisan.

Les calculs

Partons de l’affirmation de Perrot, reprise par la plupart des commentateurs: « à l’aide du calcul astronomique, il est possible de savoir quand un 14 de Nisan est effectivement tombé le vendredi ».

Si l’on veut savoir quel jour de la semaine est tombé le 14 nisan, il faut savoir

- à quelle date le premier croissant de lune a été observé (le lendemain étant le premier jour du mois).

- si les épis étaient assez murs à la fin du douzième mois de l’année précédente.

Pour le premier point, des observations judicieuses et de savants calculs permettent de savoir à quelles dates le premier croissant de lune était visible[10]. Cela serait convaincant si la météo ne perturbait jamais l’observation de la lune, ce qui n’est pas le cas.

Pour le second point le problème est plus grave. L’histoire n’est d’aucun secours[11] et le calcul astronomique non plus. Il y a un vice fondamental : le calendrier juif de l’époque de Jésus était établi par l’observation de l’avancement de la végétation, il est vain de tenter de le reconstituer par le calcul astronomique[12]. La précision sera de l’ordre de la semaine et ne permettra pas de déterminer quelles années le 14 nisan est tombé un vendredi.

On conclura donc que les évangiles et le calcul astronomique ne permettent de déterminer ni l’année ni le jour de la mort de Jésus.

Notes

[1] Charles Perrot. Jésus et l’histoire. Desclée 1979. Page 82.

[2] Voir les détails dans Une invention nommée Jésus, page 39 ou ailleurs. On peut consulter Charles Perrot, Jésus et l’histoire. Desclée 1979. Page 82. Ou encore Simon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin. puf, 2006. Page 62.

[3] Jésus a été arrêté après le repas pascal. En effet, avant le repas « ses disciples lui disent: Où veux-tu que nous allions t’apprêter de quoi manger la pâque? » (Marc 14,12 et Matthieu 26,17); « Jésus envoya Pierre et Jean et leur dit: Allez nous apprêter de quoi manger la pâque. » (Luc 22,8); en Luc 22,11 et 22,15 il est encore question de « manger la pâque ». Jésus est donc mort pendant la fête.

[4] Jésus a été arrêté avant le repas pascal. En effet, quand commence le procès de Jésus, « c’était l’aube. Ils n’entrèrent pas au prétoire pour ne pas se souiller mais manger la pâque. » (Jean 18,28). Autre indication à la fin du procès: « C’était la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure (midi). » (Jean 19,14). Le repas pascal n’a pas encore eu lieu. Jésus sera exécuté le jour même soit la veille de la fête.

[5] Jésus est mort depuis peu « le soir venu, comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat... » (Marc 15,42) ; « c’était le jour de la Préparation, aux premières lumières du sabbat » (Luc 23,54) ; « Comme c’était la Préparation, les Juifs pour ne pas laisser les corps en croix pendant le sabbat... » (Jean 19,31).

[6] Charles Perrot, Jésus et l’histoire. Desclée 1979. Page 82.

[7] Ce point de vue est largement répandu mais pas unanime. Le doute existe aussi. « Il faut être extrêmement prudent ici, car différents auteurs citent des résultats différents provenant des calculs d’astronomes différents. En fait, astronomes aussi bien qu’exégètes ont parfois modifié leurs positions. Par exemple, lors de la révision de son ouvrage La dernière Cène pour la troisième édition allemande (voir l’édition française p. 41), Jeremias a souligné très fort qu’il était devenu plus prudent dans la formulation de ses positions concernant les années possibles pour la mort de Jésus. Il faut souligner le caractère provisoire de tous ces calculs ». Meier. Un certain Juif Jésus, tome 1. Note 112 page 440.

[8] Consulter Le calendrier hébraïque de Roger Stioui. Colbo, 1988 et La dernière Cène. Les paroles de Jésus de Joachim Jeremias. Cerf, 1972. Pages 36 à 41.

[9] « La fête pascale est liée à la célébration des moissons à venir; aussi importe-t-il que les épis aient la maturité voulue pour être offerts sept semaines plus tard à la Pentecôte (voir par exemple Lévitique 23, versets 10 et suivants). Or, dans un calendrier de douze mois lunaires, du fait du retard accumulé sur l’année des saisons, la maturité des épis ne reste pas longtemps au rendez-vous. C’est pourquoi les Juifs, à chaque fois que les épis ne sont pas assez murs, vont redoubler Adar, le dernier mois de l’année religieuse, en Vé-Adar ou Adar-le-second. Par l’ajout de ce 13e mois, ils retardent le début de l’année religieuse suivante, ainsi que la fête de Pessah à venir. Cette décision, hautement religieuse et empirique, était du ressort du conseil sacerdotal, le Sanhédrin. Ce dernier avait d’ailleurs d’autres fonctions liées au calendrier, telle que la proclamation du début du nouveau mois, après observation à l’œil nu de la lune naissante. Le résultat de l’observation était transmis au reste du pays par des feux-signaux allumés de colline en colline. Cette pratique donna lieu à des pièges, via l’émission de faux signaux. Toutefois, ce sont les circonstances historiques qui forcèrent les Juifs à abandonner cet empirisme. Après la destruction par les Romains du Temple de Jérusalem en 70 et la dispersion des Juifs aux quatre coins du monde antique, il fallut trouver une méthode fixe pour choisir les années embolismiques où l’on redoublerait le mois d’Adar, ainsi que le jour de début de chaque nouveau mois. Au début, le Sanhédrin conserva l’initiative, comme le prouve cette lettre: « À mes frères, les exilés de la Babylonie, de la Médie, et à tous les exilés d’Israël, salut! Nous vous faisons savoir que les pigeons sont encore trop tendres, les brebis trop jeunes, la germination du blé encore trop peu avancée; aussi nous a-t-il plu à nous et à nos collègues d’augmenter de 30 jours l’année en cours ». Toutefois, chaque communauté adopta bientôt ses propres règles. L’unification ne vint qu’avec les travaux du patriarche Hillel II, dit le jeune, en 359 de notre ère. Sa réforme instaura un calendrier perpétuel, où l’ajout d’un 13e mois est déterminé à l’avance, et dont le fonctionnement n’a pratiquement pas été modifié jusqu’à nos jours. » Jean Lefort, La saga des calendriers. Page 108.

[10] Voir Joachim Jeremias, La dernière Cène. Les paroles de Jésus. Cerf, 1972. Pages 36 à 41.

[11] « Nous ne possédons aucune information historique permettant de savoir en quelles années un mois intercalaire a été proclamé entre 27 et 33 après Jésus-Christ ». Ibid. Page 37.

[12] C’est pourtant ce que fait Jeremias: pour le 14 nisan de l’an 34, il propose le mardi 23 mars, ou le jeudi 22 avril « en cas de mois intercalaire, ce qui, en cette année 34, est très probable, vu la proximité du 23 mars par rapport à l’équinoxe » (note 134 page 39). C’est là que le bât blesse, le Sanhédrin décidait de l’arrivée du printemps, non pas d’après la définition moderne du printemps (avec l’équinoxe, prévisible), mais d’après une estimation (subjective, imprévisible) de la maturité des épis.

mardi 19 mai 2009

Une critique

Un étudiant en master de théologie n’a pas du tout aimé mon livre (c’est son droit) et a entrepris de le critiquer. Voir http://exegeseettheologie.wordpress.... Tout livre peut être critiqué et le mien ne fait pas exception. J’ai simplement tendance à souhaiter que la critique repose sur des arguments.

Ce n’est pas le cas de cette « critique systématique » qui consiste pour son auteur à voir dans tout ce qui lui déplaît des symptômes d’incompétence et/ou de malhonnêteté. Non pas pour des problèmes de documentation ou de raisonnement (aucune erreur n’est signalée) mais seulement parce que mon texte est différent de ses lectures habituelles.

Le visiteur peut lire la suite en cliquant « débat » en haut de ce billet.

dimanche 26 avril 2009

Mordillat et Prieur

La question de l’existence de Jésus est abordée dans le premier livre de Daniel Mordillat et Jérôme Prieur (Jésus contre Jésus, pages 39 à 41). Un premier argument est donné à la page 39: « l’existence historique de Jésus n’a jamais été mise en cause par les premiers adversaires païens du christianisme ». Argument réfuté à la page suivante: « Les Juifs, pas plus que les Grecs ne se sont jamais aventurés, dans l’Antiquité, à discuter de l’existence ou de l’inexistence de Zeus, d’Apollon ou même d’Ulysse ». Bref, dans l’Antiquité on ne discutait pas de l’existence d’un personnage, ni de Jésus, ni des dieux de l’Olympe. Il faut chercher ailleurs. Il faut chercher dans les textes qui nous informent sur Jésus, essentiellement les quatre évangiles. M et P poursuivent donc: « Mais ce sont trois arguments liés aux textes chrétiens eux-mêmes qui, paradoxalement, à défaut d’une preuve matérielle impossible à obtenir, apportent la plus forte présomption en faveur de l’historicité de Jésus. » Effectivement, il ne s’agit que de présomptions:

« Premièrement, la crucifixion. “ Un scandale et une folie ”, pour reprendre les termes de Paul dans l’épître aux Corinthiens. Pourquoi les chrétiens auraient-ils imaginé ce mode d’exécution s’ils avaient inventé le personnage de Jésus, alors que ce châtiment alors typiquement romain les désignaient immanquablement comme les adorateurs d’un ennemi de Rome, au moment même où ils avaient besoin de ne pas s’aliéner l’Empire ?

Deuxièmement, le chef d’accusation inscrit sur la croix, “ roi des juifs ”. Pourquoi les chrétiens qui, au moment de la rédaction finale des Évangiles, sont amenés à se distancer du judaïsme auraient-ils reconnu pour “ Seigneur ” le “ roi des juifs ” ?

Troisièmement, les incohérences des textes. Pourquoi les sources chrétiennes seraient-elles si diverses et surtout si disparates, pourquoi seraient-elles semées d’anomalies, d’incompatibilités, de contradictions si elles résultaient d’un plan concerté, si elles étaient l’œuvre délibérée d’un groupe unique, si tout en elles visait à accréditer la fiction ? » Mordillat et Prieur, Jésus contre Jésus pages 40 et 41.

Non, cela n’est pas clair. M et P posent trois questions (écrivent trois fois « pourquoi ? »), ne répondent pas et sous entendent que cela conforte l’existence de Jésus. Les deux premiers points relèvent de l’argument de l’embarras, un classique des défenseurs de l’existence de Jésus. Cet argument affirme que les épisodes des évangiles qui paraissent embarrassants pour les chrétiens (par exemple, la crucifixion de Jésus) sont authentiques. La logique du raisonnement m’échappe. Si la Crucifixion les gênaient, les auteurs des évangiles avaient la possibilité de modifier l’histoire de Jésus. Qu’elle soit vraie ou pas n’y change rien. Si les mêmes auteurs avaient intérêt à présenter Jésus comme éloigné du judaïsme, ils pouvaient le faire. Que Jésus ait existé ou pas n’y change rien.

Pour le dernier point, les évangiles présentent effectivement de nombreuses invraisemblances et contradictions (voir mes chapitres 3, 4 et 5). Tournez les choses comme vous voudrez, l’idée que ces anomalies renforcent la crédibilité de ces textes est une absurdité.

Mordillat et Prieur s'arrêtent là. C'est tout, le problème est réglé, leurs lecteurs peuvent considérer que Jésus a existé.

samedi 04 avril 2009

Le monde de la Bible

"Le monde de la Bible" avec le quotidien catholique "la Croix" publie un hors série (printemps 2009) intitulé "Que sait-on de Jésus?"

On pourrait penser que la question préalable de l'existence de Jésus serait abordée. Il n'en est rien et l'historicité de Jésus est admise comme évidente.

Comment sait-on que Jésus a existé? Cela n'est pas expliqué.

dimanche 15 mars 2009

Daniel Marguerat

Daniel Marguerat est un des meilleurs spécialistes du Jésus historique. Son dernier opus, « l’aube du christianisme » est paru en mai 2008. S’il était paru plus tôt, je l’aurais certainement utilisé avec profit. Cela dit, concernant l’existence de Jésus, l’argumentation qu’il contient n’est guère différente de celle que l’on trouve dans les ouvrages qui ont précédé. La réfutation que j’en ai donnée dans « Une invention nommée Jésus » s’applique sans problème à cet ouvrage. Signalons quand même le point le plus grave.

On découvre « sous la plume de l’historien juif Flavius Josèphe deux mentions du Nazaréen qui n’ont rien de polémique. Elles sont issues de son œuvre "Antiquités Juives", publiées en 93-94. La première est succincte: elle présente Jacques comme "frère de Jésus appelé le Christ". Il n’y a pas lieu de conclure ici à l’interpolation d’un copiste chrétien, car la distance qu’implique la tournure "appelé le Christ" ne lui siérait pas; ou alors, le faux est très habile! » (Daniel Marguerat, « l’aube du christianisme » page 23).

Tout ceci n’étant peut-être pas très clair, reformulons :

Ces quelques mots, « frère de Jésus appelé le Christ », constituent la meilleure preuve de l’existence de Jésus. Mais l’authenticité de ce passage n’est pas assurée, il a pu être ajouté dans le texte de Flavius Josèphe par un copiste chrétien. L’hypothèse n’a rien de gratuit puisque le même livre de Josèphe a été complété par des passages chrétiens concernant précisément le personnage de Jacques, frère de Jésus (voir « Une invention nommée Jésus » pages 169 et 170). Daniel Marguerat écarte cette éventualité car un chrétien n’aurait pas écrit « appelé le Christ » au sujet de Jésus. Un savant l’affirme donc c’est vrai donc Flavius Josèphe a mentionné Jésus donc Jésus a existé. C’est imparable. Pourtant ce qu’affirme Daniel Marguerat est faux. Un chrétien a pu écrire « Jésus appelé le Christ ». La preuve? Dans l’évangile selon Matthieu (peut-être le plus important texte chrétien), Jésus est désigné de la même façon, avec les mêmes mots grecs: « Joseph, époux de Marie, de laquelle naquit Jésus appelé le Christ » (Matthieu 1,16). Je ne sais pas si le texte de Flavius Josèphe a été complété par un chrétien mais c’est possible et, à mon avis, probable. Alors, si l’existence de Jésus ne tient qu’à ce fil, elle est bien mal assurée.

Ce qui me sidère, c’est que Daniel Marguerat n’est pas le premier à se tromper ainsi. Depuis une dizaine d’années, cet argument défectueux se rencontre dans des travaux de spécialistes sans qu’il ne se trouve aucun expert pour soulever le problème. Pour des savants qui passent leur vie à étudier les évangiles, c’est quelque peu étonnant. C’est, dans son ensemble, la communauté des spécialistes qui ne veut pas savoir. Ce passage de Josèphe est trop précieux pour établir l’existence de Jésus. Il ne faut pas qu’il soit écarté. Alors on laisse parler ceux qui défendent la bonne cause. Et peu importent les moyens.

samedi 14 mars 2009

Un sondage

L’hebdomadaire chrétien « La vie » du 21 décembre 2006 a publié un sondage sur Jésus et les Français. Les réponses à la question « Selon vous Jésus a-t-il existé? » sont:

« c’est certain » 29 %

« c’est probable » 39 %

« c’est peu probable » 11 %

« il n’a pas existé » 14 %

« ne se prononcent pas » 7 %

L’existence de Jésus n’est pas acquise pour tout le monde, loin de là.

D’où viennent les doutes exprimés par les sondés ? Certainement pas des médias puisque chaque fois que Jésus apparaît dans un journal, une revue ou une télévision, son existence est admise comme évidente ou justifiée avec des arguments spécieux (voir la catégorie “ Actualité ” sur ce blog). Certainement pas de l’Éducation Nationale, pour les mêmes raisons.

À quand un débat contradictoire sur le sujet ?

mardi 10 mars 2009

Une encyclopédie?

Le “ Jésus historique ” est le domaine de recherche où l’on étudie tout ce qu’on peut savoir sur Jésus. L’ampleur du sujet est considérable et mon livre n’est pas une encyclopédie du Jésus historique (cette encyclopédie existe: “ Un certain Juif Jésus ” de John P. Meier. Quatre tomes et plus de 3000 pages aux éditions du Cerf).

Le but du livre est de tenter de répondre à la question “ Jésus a-t-il existé ? ” Je me suis donc limité à ce qui a un rapport direct avec la question... et certains lecteurs me l'ont reproché, particulièrement sur les points suivants:

- depuis plus de deux siècles des historiens et/ou théologiens ont tenté d’établir un savoir assuré sur l’histoire de Jésus. Pour intéressante que soit cette succession de tentatives, elle n’apporte rien au débat actuel. Comme de plus, il est très facile de se documenter à ce sujet (taper “ troisième quête ” sur un bon moteur de recherche), mon lecteur ne pâtira pas de cette lacune.

- parallèlement d’autres auteurs ont donné de bons arguments contre l’existence de Jésus. Je n’ai pas jugé utile d’en faire l’historique. Pour cela, taper “ thèse mythiste ”. Voir aussi le billet “ les mythistes ” sur ce blog.

- ma bibliographie a également été critiquée puisque, évidemment, elle n’est pas exhaustive. Voir le billet “ ma bibliographie ” sur ce blog.

Malgré ces incontestables lacunes, “ Une invention nommée Jésus ” fournit suffisamment d’informations, à charge et à décharge, pour permettre au lecteur de se faire une opinion fondée.

samedi 07 mars 2009

Le plan du livre

Première partie. Les sources

1. Les sources non chrétiennes

Des découvertes archéologiques et des documents non chrétiens sont souvent présentés comme preuves de l’existence de Jésus. Aucun n’est probant.

2. La Bible

Petit rappel pour ceux qui ont oublié leur catéchisme

Deuxième partie. Première lecture des évangiles: les problèmes historiques

Pourquoi les évangiles, qui sont notre principale source sur Jésus, sont bien difficiles à croire.

3. L’incroyable

4. Quelques contradictions

5. Inventaire de miracles

Troisième partie. Seconde lecture des évangiles: les symboles

Les évangiles n’ont pas été écrits pour faire de l’histoire mais de la théologie.

6. La symbolique des nombres

7. Influences littéraires

8. Interprétation de miracles

9. C’était écrit

10. Le Messie

Quatrième partie. Comment sont étudiés les évangiles

Les spécialistes du Jésus historique, forts d’une absence de contradiction, se permettent de raconter n’importe quoi.

11. De la liberté du chercheur catholique

12. Les arguments en faveur de l’existence de Jésus

13. Les critères ou comment certains spécialistes déterminent ce qui vient de Jésus

... et quelques annexes.

mardi 03 mars 2009

Les contradictions

L'existence de Jésus repose sur les évangiles dont la fiabilité est assez faible, entre autres raisons car ils se contredisent (on trouvera dans "Une invention nommée Jésus" un échantillon commenté de contradictions évangéliques). Il s'agit là d'un grave problème pour les chercheurs (dits fondamentalistes) qui estiment que tout, ou presque tout, ce que disent les évangiles est exact.

J’ai signalé (page 202) que les fondamentalistes cherchent à établir que ces contradictions ne sont qu’apparentes. Un visiteur me demande détails et références. Il peut consulter “ il a souffert sous Ponce Pilate ” de Vittorio Messori, François-Xavier de Guibert, 1995 ou “ Les Évangiles sont des reportages ” de Marie-Christine Ceruti-Cendrier, Pierre Téqui, 1997. Voici la solution à la première des contradictions qu’examine le livre de Messori. Il s’agit de la mort de Judas personnage qui a trépassé de deux façons fort différentes.

D’après l’évangile selon Matthieu, Judas « s’en alla se pendre » (Matthieu 27,5). D’après les Actes des Apôtres, « tombé la tête en avant, il a crevé par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues » (Actes 1,18).

Laissons la parole à Messori: « Examinons de près, alors, en commençant par les deux versions de la mort. Versions qui en réalité, pour beaucoup, ne se contrediraient pas, mais se compléteraient. En est convaincu, entre autres, Joseph Ricciotti, l’illustre exégète auteur d’une « Vie de Jésus-Christ » parue pour la première fois en 1941, mais qui compte encore aujourd’hui parmi les plus autorisées et les plus répandues. Elle dit: « De la fin de Judas nous avons une double relation avec des divergences intéressantes qui ont une valeur particulière pour confirmer l’identité substantielle du fait. Matthieu ne parle que de la pendaison. Luc, au contraire, a conservé la tradition selon laquelle Judas « est tombé la tête la première, a éclaté par le milieu en répandant toutes ses entrailles. » Ricciotti continue: « Les deux relations semblent se rapporter à deux moments divers du même fait: d’abord Judas se pendit, puis la branche de l’arbre ou la corde à laquelle il était pendu se rompit, peut-être par les secousses convulsives, et alors le suicidé fut précipité en bas. » Et donc, conclut le fameux exégète, « il serait légitime d’imaginer que l’arbre se trouvait sur le bord de quelque ravin, en sorte que la chute ait produit sur le corps du suicidé les conséquences, dont parle la relation de Luc dans les Actes. » » (“ il a souffert sous Ponce Pilate ”, page 30).

Personnellement, je trouve qu’un trésor d’imagination est déployé pour torturer les textes afin de leur faire avouer ce qu’ils n’ont jamais voulu dire. Les pages suivantes où Messori développe et amplifie l’idée ne font que confirmer ma première impression.

dimanche 01 mars 2009

La datation des évangiles

Les spécialistes du Jésus historique sont-ils des gens crédibles ? À en juger par certains de leurs raisonnements, on peut en douter. J’ai déjà signalé de graves insuffisances dans les méthodes et les arguments qui leur permettent d’affirmer que Jésus a existé. Sans que cela ait de rapport direct avec l’existence de Jésus, je constate que les spécialistes mettent bien souvent le simple bon sens à rude épreuve lorsqu’il s’agit d’établir des dates.

Il est généralement admis que l’évangile selon Marc a été écrit aux environs de l’an 70, ceux de Matthieu et de Luc dix ou vingt ans plus tard et celui de Jean vers la fin du premier siècle (consulter internet, n’importe quel dictionnaire ou les notes de n’importe quelle Bible). L’an 70 est un repère important puisqu'il est la date d’un événement considérable pour les Juifs de Palestine : la destruction de Jérusalem et de son Temple par les Romains.

Un cercle vicieux

Le faux pas que commet ici Brown (un des plus estimés des spécialistes du Jésus historique) me parait symptomatique de la difficulté de défendre ces dates.

L'analyse des évangiles suggère que les auteurs des évangiles selon Matthieu et selon Luc ont utilisé l'évangile selon Marc. Marc aurait donc précédé Matthieu et Luc. Jusque là j'arrive à comprendre... mais la suite est plus problématique:

- Marc a été écrit avant 70 car Matthieu et Luc ont été écrits après 70.

- Matthieu et Luc ont été écrits après 70 car Marc a été écrit avant 70.

En effet:

Datation de Marc: « Si Marc a été utilisé indépendamment par Matthieu et par Luc, et si ceux-ci ont été écrits durant les années 80 ou au début des années 90, comme le pensent la plupart des spécialistes, une date au-delà de (après) 75 semble improbable. » (Raymond E. Brown. « Que sait-on du Nouveau Testament ? », 1997. Page 205).

Datation de Matthieu: « Sans doute le meilleur argument pour une datation postérieure à 70 est-il la dépendance de Matthieu par rapport à Marc, évangile communément daté de la période 68-73. » (même livre page 259).

Datation de Luc: « Que Luc ait utilisé Marc est très plausible à partir des indices internes; et si l’on doit dater Marc de la période 68-73, une date antérieure à 80 pour Luc est incertaine. » (même livre page 314).

Le cercle vicieux est bouclé!

Examinons plus en détail le cas de l’évangile selon Jean

« Est-il possible de préciser quand l’évangéliste a composé son œuvre ? Le seul contexte historique qui soit explicitement évoqué dans l’évangile selon Jean est l’affrontement des disciples avec la synagogue et en particulier leur exclusion de celle-ci (9,22; 12,42; 16,2). Quelle qu’ait été sa forme, cette exclusion se situe dans les années 80-90 (...) La mise en évidence du contexte polémique dans lequel prend place l’évangile permet sa datation: il a été composé après la rupture d’avec la synagogue pharisienne, c’est-à-dire après 85. » (Daniel Marguerat (autre grand nom de la recherche sur le Jésus historique), « Introduction au Nouveau Testament ». Labor et fides, 2000. Page 361).

Le raisonnement est classique chez les commentateurs des évangiles mais il peut échapper au visiteur de ce site. Reformulons. Les évangiles racontent l’histoire de Jésus (qui se déroule aux alentours de l’an 30) et ont été écrits quelques dizaines d’années plus tard. Dans cette histoire, certains éléments ont été ajoutés par les auteurs des évangiles. Ces éléments sont souvent des paroles attribuées à Jésus placées là pour exprimer les préoccupations des auteurs et de leur époque. La connaissance de cette époque permet de dater les évangiles.

Voici les trois passages utilisés par Daniel Marguerat pour dater l’évangile selon Jean.

Jean 9,22: Les parents disaient cela parce qu’ils craignaient les Juifs, car les Juifs étaient déjà convenus que quiconque avouerait Jésus pour christ serait excommunié.

Jean 12,42: Pourtant, même parmi les chefs, beaucoup se fièrent à lui (Jésus), mais à cause des pharisiens, ils ne l’avouaient pas pour ne pas être excommuniés.

Jean 16,2: Ils vont vous excommunier. L’heure vient même où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu (c’est Jésus qui parle).

Il est clairement question d’une hostilité des Juifs envers les disciples de Jésus, hostilité qui se manifeste par leur excommunication. Jusque là, le raisonnement de Daniel Marguerat me paraît correct.

La suite est plus problématique. Qu’est-ce qui permet d’affirmer que les disciples de Jésus n’ont pas été "excommuniés" par les Juifs avant les années 80-90 ?

Il existe en effet des attestations de persécutions contre les chrétiens très antérieures aux années 80. On les rencontre dans le Nouveau Testament (recueil des écrits sacrés des chrétiens qui contient, entre autres, les évangiles, les Actes des Apôtres et les lettres de Paul). Avant d’être chrétien, Paul était un Juif qui persécutait les chrétiens. En effet:

Actes 8,1-3: Or ce jour-là il y eut une grande persécution contre l’église de Jérusalem (...) Quant à Saul (autre nom de Paul), il malmenait l’Église, entrant dans les maisons et traînant des hommes et des femmes qu’il faisait jeter en prison.

Actes 9,1-2: Paul, qui exhalait encore la menace et le meurtre à l'égard des disciples du Seigneur, s'approcha du grand prêtre (la plus haute autorité religieuse juive) et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de lier hommes et femmes qu'il trouverait de cette voie...

Actes 22,4: j’ai persécuté à mort cette voie, faisant lier et jeter en prison hommes et femmes...

Voir aussi Actes 26,9-14.

1 Corinthiens 15,9: moi qui poursuivais l’Église de Dieu.

Paul n'a cessé de "persécuter à mort" les chrétiens que quand il s'est converti. Cette conversion datant des années 32 à 34 (s’il faut en croire Daniel Marguerat, page 136), les persécutions ont commencé avant. En outre, la première lettre de Paul aux Corinthiens citée plus haut est datée du début des années 50 (même ouvrage, page 193). De plus, des traces d’hostilité des Juifs envers les chrétiens apparaissent aussi dans les trois autres évangiles qui, eux, bénéficient de datations sensiblement antérieures à celle de Jean.

Marc 13,9: Prenez garde à vous-mêmes: on vous livrera aux sanhédrins, vous serez battus dans les synagogues et, à cause de moi, vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois, en témoignage devant eux.

Luc 21,12: Mais avant tout cela ils mettront la main sur vous, ils vous poursuivront, vous livrant aux synagogues et aux prisons, vous emmenant devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom.

Matthieu 10,17: Prenez garde aux hommes: ils vous livreront aux sanhédrins (le tribunal religieux juif), ils vous fouetteront dans leurs synagogues;

La situation qui transparaît dans l’évangile de Jean n’est pas pire pour les chrétiens que celle que l’on devine dans les autres évangiles. On se demande pourquoi ce qui repousse l’évangile selon Jean à la fin du premier siècle n’a pas le même effet pour ceux de Matthieu, Marc et Luc. Il faudrait plus de place pour examiner en détail le traitement des ces trois évangiles mais il n’est pas meilleur. Les dates qui en résultent sont pourtant universellement admises chez les spécialistes du Jésus historique et autres universitaires. Et bien au-delà.

Comment se fait-il que des professionnels réputés se contentent de raisonnements aussi faibles ?

PS: amusant cercle vicieux dans "le Monde de la Bible" : "Quant à la séparation avec le judaïsme, elle est reflétée très clairement dans l'Évangile de Jean; elle est faite ou en train de se faire dans l'Évangile de Matthieu. Elle n'intervient donc que dans les dernières décennies du Ier siècle..." (Hors série printemps 2009 page 17, entretient avec Jacques Schlosser).

La séparation avec le judaïsme est datée d'après les évangiles et réciproquement.

dimanche 18 janvier 2009

Introduction du livre

Pages 5 à 8 de "Une invention nommée Jésus".

« L’existence de l’homme Jésus ne semble pas discutable ... Mais aucune des sources le concernant n’est historiquement fiable. » Manuel d’histoire de classe de seconde. Éditions Bréal, 1996. Page 52.

Le fait que Jésus a existé est une évidence. Une évidence est une opinion admise sans discussion, sans que personne ne pense à demander pourquoi elle est exacte.

Le fait que la terre est plate était une évidence.

Bien entendu, toutes les évidences ne sont pas fausses mais il est bon de chercher à les vérifier.



Les documents

Aucun document non chrétien n’est un témoignage direct sur Jésus (c’est l’objet du chapitre 1). Tout ce que nous savons de Jésus vient des textes chrétiens et essentiellement des quatre évangiles. Toute opinion sur l’existence de Jésus repose donc sur une estimation de la crédibilité des évangiles.

Nous constaterons que cette crédibilité est extrêmement faible. Si les évangiles se présentent comme le récit d’une histoire s’étant réellement passée, un examen, même superficiel, montre que les histoires qu’on y rencontre sont invraisemblables, qu’elles se contredisent, que la théologie, les symboles et les références à la Bible y prennent nettement le pas sur toute autre considération, bref, que leurs auteurs se moquent de l’exactitude de ce qu’ils racontent.

Deux questions

L’interrogation sur l’existence de Jésus est donc inévitable. Pourtant les doutes se heurtent à deux objections de bon sens:

- pourquoi aurait-on inventé cette histoire?

- les spécialistes, universitaires et autres historiens affirment massivement que Jésus a existé. Ces savants se trompent-ils?



Pourquoi a-t-on inventé Jésus?

Pourquoi a-t-on inventé Jésus? On ne voit pas. On ne voit pas car l’histoire de Jésus est née dans une culture différente de la nôtre et dans un contexte historique particulier. Une fois tout cela exploré, l’invention de Jésus paraît beaucoup moins étonnante.

À partir du IIe siècle avant J.-C., le judaïsme palestinien qui vivait sans trop de problèmes depuis plus de trois siècles, s’est trouvé confronté aux mondes grec puis romain. Il s’ensuivit une série de difficultés et de persécutions (voir l’annexe 1, Le contexte historique, page 107) que les Juifs palestiniens affrontèrent avec la farouche volonté de préserver leur religion. L’oppression et le triomphe alternèrent depuis l’interdiction, sous peine de mort, d’observer les rites juifs en 167 avant J.-C. jusqu’à la défaite définitive contre les Romains en 135 après J.-C.

Ces épreuves ont suscité une abondante littérature dont le thème principal est l’espoir. Espoir d’une prochaine libération des Juifs, espoir du salut d’Israël et de son triomphe sur les oppresseurs impies. Citons par exemple une prophétie du livre de Daniel (IIe siècle avant J.-C.):

« Le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et dont la royauté ne sera pas laissée à un autre peuple. Il pulvérisera et anéantira tous ces royaumes-là, et il subsistera à jamais » (Livre de Daniel, chapitre 2, verset 44, consultable dans n’importe quelle Bible).

Le livre de Daniel est le premier d’une longue série d’écrits religieux juifs méditant sur ce mystère insondable: pourquoi Israël souffre-t-il alors que les impies prospèrent? La réponse est que, très prochainement, le salut viendra par un personnage plus ou moins divin souvent appelé Messie ou Christ. Le Messie anéantira les ennemis d’Israël puis les justes connaîtront une ère de paix et de prospérité éternelle.

Au sein de ce vaste mouvement théologico-littéraire se sont trouvés des auteurs, tout aussi juifs et tout aussi religieux que les précédents, qui renouvelèrent le genre. Pour eux comme pour d’autres Juifs le salut d’Israël était imminent mais il fallait attendre, non pas l’arrivée du Messie, mais son retour. Le Messie était déjà venu, certains Juifs avaient cru en lui mais d’autres ne l’avaient pas reconnu et l’avaient même fait crucifier par les Romains. Ce Messie crucifié s’appelait Jésus. Les écrits racontant son histoire sont les évangiles.

La thèse de ce livre, basée sur l’étude des textes chrétiens, est que Jésus est un des multiples avatars de la spéculation juive sur le Messie, que Jésus a été inventé pour des raisons théologiques en dehors de toute réalité.



L’avis des spécialistes

Une thèse annexe est que les spécialistes du « Jésus historique », sous couvert de science et d’histoire, font de la religion et de la désinformation.

Les spécialistes ont produit sur les écrits chrétiens des travaux admirables d’érudition et d’intelligence. Considérant qu’un travail bien fait n’est pas à refaire, j’y ai puisé sans vergogne. Aussi, la documentation utilisée dans ce livre provient pour l’essentiel de la Bible (et d’autres écrits antiques) ainsi que de chercheurs chrétiens réputés appartenant au courant de pensée approuvé par le Vatican.

Nous constaterons cependant que, quand les spécialistes abordent le problème de la réalité des histoires racontées au sujet de Jésus, on ne les reconnaît plus: les raisonnements rigoureux disparaissent au profit d’arguments d’une faiblesse déconcertante voire de mensonges purs et simples.

À qui s’en étonnerait, je propose une explication: les spécialistes sont presque tous (tous?) des croyants et la recherche ainsi que la formation des chercheurs sont confiées à des institutions religieuses. Sans être exagérément soupçonneux, on peut craindre un conflit d’intérêts: si les spécialistes disent que Jésus a existé, c’est peut-être parce que leur foi ou leur hiérarchie leur interdit de dire autre chose.



Pourquoi ce livre? Enfin, précisons les intentions qui ont motivé l’écriture de ce livre: même s’il est évident que la mise en cause de l’existence de Jésus peut irriter les croyants, mon propos est ailleurs. Je ne cherche pas à édifier ou à déplaire mais à savoir ce qui s’est passé en Palestine au premier siècle.

la Vie

L’hebdomadaire catholique "la Vie" a publié en décembre 2008 un hors-série sur Jésus se proposant de répondre à « 100 réponses aux questions que vous vous posez ».

La série commence par donner des « preuves historiques de l’existence de Jésus »:




« Détient-on des preuves historiques de son existence? Oui, quelques-unes. En dehors des Évangiles, la vie de Jésus est mentionnée dans des écrits anciens de deux origines: des textes rabbiniques, où son nom est évoqué de manière polémique, et des écrits païens de la Rome antique. Ainsi, à la fin du Ier siècle, le nom de Jésus apparaît dans deux passages des écrits du juif Flavius Josèphe dans son œuvre, Les Antiquités juives. Considéré authentique jusqu’au XVIe siècle, ce passage connu sous le nom de Testimonium Flavianum a été remis en cause, mais seulement en partie, et serait le plus ancien témoignage dont nous disposons. Au IIe siècle, l’historien romain Tacite évoque Jésus dans ses Annales, quand il parle des chrétiens: « Ce nom leur vient de Christ qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procureur Ponce Pilate. » Enfin, le nom du Fils de Dieu est également cité par Suétone et Pline le Jeune (deux écrivains ayant vécu à la charnière des Ier et IIe siècles) et Lucien de Samosate (IIe siècle). »




Quand un texte antique mentionne Jésus, il peut être un témoignage direct sur le personnage. Il peut aussi répéter ce que disaient les chrétiens de l’époque. Dans ce deuxième cas il n’est pas une preuve de l’existence de Jésus.

On m’accordera que plus un texte est tardif, plus il a de chances d’être l’écho du discours chrétien. Voyons ce qu’il en est des six sources évoquées par "la Vie". Tous ces textes sont facilement accessibles sur la toile. On trouvera bien entendu une analyse plus détaillée dans "Une invention nommée Jésus".

- les textes rabbiniques en question proviennent du Talmud de Babylone, imposant recueil de traditions juives achevé au Ve siècle. Même si les rares passages du Talmud mentionnant Jésus sont peut-être plus anciens, on ne peut pas l’assurer. Voir http://www.ebior.org/Vie-de-Jesus/s...

- Flavius Josèphe est né en Palestine vers 37 puis a vécu à Rome depuis 70 jusqu’à sa mort. Il a écrit deux livres sur l’histoire du peuple juif. Le premier (La Guerre des Juifs) peu après 70 ne mentionne pas Jésus, le second (Les Antiquités juives) contient un passage à propos de Jésus mais a été écrit alors que Josèphe vivait depuis plus de vingt ans à Rome, dans une ville où les chrétiens étaient bien implantés. Ce texte peut être issu du discours chrétien.

- on fera la même remarque au sujet du Romain Tacite qui écrit vers 115.

- Suétone ne dit rien sur Jésus.

- il suffit de lire le témoignage de Pline le Jeune sur Jésus pour constater qu’il répète ce que disent les Chrétiens.

- considérer que Lucien de Samosate apporte une quelconque preuve est une plaisanterie. Dans un pamphlet écrit vers 170 il se moque de « ce grand homme qui a été empalé en Palestine pour avoir introduit dans le monde une célébration religieuse nouvelle ». Comment assurer que, cent quarante ans après la mort supposée de Jésus, Lucien ait pu disposer d’autre chose que d’une information chrétienne ?

Bien entendu, la carence des auteurs non chrétiens à propos de Jésus peut s’expliquer de nombreuses façons: des textes ont pu être perdus, Jésus a pu être considéré comme trop insignifiant pour être mentionné etc.

Toujours est-il que non, ces textes n’établissent pas que Jésus a existé.

L'express

En couverture de l’Express du 25 décembre au 7 janvier, « La grande histoire de la Bible et du Coran. Dossier spécial 65 pages ».

Comme c’est souvent le cas, l’existence de Jésus est acceptée sans discussion comme une évidence: l’article consacré à Jésus commence par: « En ce printemps de l’an 30, un inconnu, Jésus de Nazareth, vient de mourir crucifié à Jérusalem. Ils ne sont qu’une poignée à croire que... » (page 64).

À la page 66, on apprend que les évangiles « contiennent de nombreux éléments corroborés par les historiens ». C’est très optimiste, tant du point de vue de la quantité que de la qualité.

« Les historiens » (non chrétiens) qui donnent des renseignements sur Jésus sont Tacite, Pline, Suétone et Flavius Josèphe. Le lecteur trouvera les textes en question sur le présent blog http://www.uneinventionnommeejesus.... ou très facilement sur la toile (taper Tacite et Jésus ou Flavius Josèphe et Jésus sur un bon moteur de recherche). Il constatera qu’ils ne nous apprennent que peu de chose sur Jésus. Tacite dit que Jésus a été crucifié en Judée sous Ponce Pilate. Josèphe à peine plus. Non, il n’y a pas là « de nombreux éléments ».

En outre, il faut remarquer que ces auteurs écrivent à Rome au moins soixante ans après la mort supposée de Jésus. Il est donc possible (probable à mon avis) qu’ils ne font que répéter le discours chrétien. Il n’est donc pas établi qu’ils corroborent quoi que ce soit.

À quand une discussion sérieuse à propos de l’existence de Jésus ?

Un professeur d'histoire

Je pense - j'espère que tout le monde est d'accord - que les cours d'histoire ne sont pas et ne doivent pas être des cours de catéchisme.

Ceci dit, un professeur d’histoire me reproche amèrement la phrase en exergue de mon livre:

« Aux professeurs d’histoire qui, sans le savoir, enseignent une croyance religieuse. »

L’existence de Jésus est si mal documentée qu’elle n’est pas une affirmation d’histoire mais de foi. La croyance religieuse à laquelle j’ai fait allusion n’est pas la totalité de la doctrine chrétienne mais uniquement l’existence de Jésus.

La naissance du christianisme est enseignée en France dans les cours d’histoire des classes de sixième et de seconde dans un chapitre qui traite naturellement de Jésus. Je constate que, dans les manuels, la question fondamentale « Jésus a-t-il existé? » n’est pas posée et que l’existence du personnage est systématiquement admise comme évidente.

Un exemple rencontré sur la toile (site « maison des enseignants » http://lamaisondesenseignants.com/i...). On explique aux professeurs d’histoire de sixième comment aborder Jésus. Extrait :

« Des écueils à éviter - Faire une hagiographie de Jésus, tomber dans le récit de sa vie ou au contraire nier son existence. » etc.

Mais pourquoi est-ce donc un écueil ?

Le reste du texte n’est pas inintéressant. On y trouve le point de vue habituel, officiel et optimiste des spécialistes du Jésus historique. Par exemple ceci :

« Restent, pour établir l'historicité de Jésus, les sources chrétiennes qui traitées comme matériau historique (les fameux critères d'historicité évoqués plus haut) fournissent à l'historien des outils assez fiables pour écrire l'histoire de Jésus. »

… que je déments catégoriquement. Invoquer les « critères d’historicité » peut impressionner celui qui n’y regarde pas de trop près mais ces critères sont des outils d’une totale nullité qui ne permettent en aucun cas d’établir l’historicité de quoi que ce soit (voir mon chapitre 13).

- page 1 de 2